
Colombie : une présidentielle sous très haute tension entre paix négociée et main de fer
À trois jours du second tour, le désarmement de 99 guérilleros illustre l’héritage fragile de la « paix totale » de Gustavo Petro, que les deux candidats entendent poursuivre ou démanteler.
Le second tour de l’élection présidentielle colombienne, qui oppose dimanche 21 juin le sénateur de gauche Iván Cepeda à l’avocat Abelardo de la Espriella, se déroule dans un climat de polarisation qualifié d’exceptionnel par les observateurs latino-américains. Selon les missions d’observation de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains, le premier tour du 31 mai s’est tenu de manière transparente, mais les semaines suivantes ont été marquées par des accusations de fraude non étayées et des menaces de troubles, poussant la Défenseure du peuple, le Conseil des guildes et plus de cinquante organisations de la société civile colombienne à exiger publiquement le respect des résultats.
Un événement survenu jeudi dans le département du Putumayo donne une traduction concrète aux enjeux du scrutin : 99 membres de la Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB), groupe dissident des ex-FARC, ont symboliquement déposé leurs armes dans le cadre de négociations avec le gouvernement sortant. Présenté par la délégation officielle comme « un message très fort pour la société colombienne à une époque où l’on entend beaucoup de bruit de guerre », ce geste constitue l’avancée la plus significative de la politique de « paix totale » du président Gustavo Petro, par ailleurs marquée par l’échec des pourparlers avec l’ELN et d’autres groupes armés dont les effectifs ont presque doublé depuis 2022, selon un rapport de sécurité consulté par Reuters.
Les deux candidats incarnent des trajectoires opposées face à cet héritage. Iván Cepeda, dauphin désigné de Petro, a recentré sa campagne sur un « accord national » et obtenu le ralliement de l’ex-maire centriste de Bogotá, Claudia López, tout en promettant de poursuivre les dialogues avec les groupes armés. Abelardo de la Espriella, qualifié de droite radicale par une partie de la presse colombienne et soutenu à trois reprises par l’ancien président américain Donald Trump, propose au contraire une stratégie de confrontation militaire, la fin des négociations et un alignement étroit sur Washington. Le Département d’État américain a émis une alerte à ses ressortissants, évoquant de possibles manifestations et violences post-électorales, tandis que le président argentin Javier Milei a apporté son appui à De la Espriella au nom de la « liberté économique » et de la « tolérance zéro » envers le narcotrafic.
Les milieux d’affaires colombiens, cités par les analystes de Values AAA, anticipent une fourchette de change de 3 000 à 3 300 pesos pour un dollar en cas de victoire de De la Espriella, contre 3 700 à 4 000 si Cepeda l’emporte, reflétant des anticipations divergentes sur la politique fiscale, la transition énergétique et la sécurité juridique des investissements. Au-delà de ces projections, la Confédération générale du travail et les organisations paysannes rappellent que la réforme agraire et la hausse du salaire minimum sous Petro ont réduit la pauvreté à des niveaux historiquement bas, tandis que les chambres de commerce soulignent la nécessité de restaurer la confiance pour enrayer la chute de l’investissement direct étranger.
Le scrutin de dimanche intervient alors que le Tribunal supérieur de Bogotá a refusé de suspendre la candidature de De la Espriella, contestée pour sa double nationalité, et que la Cour suprême a temporairement autorisé l’usage des symboles patriotiques dans sa propagande. Les deux camps ont annoncé des actions judiciaires croisées pour achat présumé de votes. Le prochain président, qu’il s’agisse de Cepeda ou de De la Espriella, héritera d’un déficit public de 30 000 milliards de pesos et d’une inflation deux fois supérieure à la cible de la banque centrale, dans un pays où, selon les enquêtes d’opinion, la sécurité est devenue la préoccupation centrale des électeurs.
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Le second tour est présenté comme un choc de styles et d'alliances internationales. Le soutien de Milei à De la Espriella et les accusations d'achat de votes dominent le récit, tandis que les deux candidats offrent des visions opposées sur les programmes sociaux et la sécurité. La couverture souligne les implications régionales et le poids des figures étrangères.
Le scrutin est présenté avant tout comme un référendum sur la sécurité. Le candidat de droite promet une offensive militaire contre les groupes armés et le narcotrafic, tandis que le candidat de gauche veut poursuivre les négociations de paix. Le compte rendu souligne le long conflit interne et le choix radical qui attend le pays.
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