
Biennale de Venise : Bruxelles recommande la suppression du financement après la réouverture du pavillon russe
La Commission européenne a recommandé à l’EACEA de retirer sa subvention de deux millions d’euros, suscitant des réactions contrastées en Italie et la gratitude du Kremlin.
La vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Henna Virkkunen, a annoncé le 11 juillet la recommandation officielle adressée à l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture (EACEA) de mettre fin au financement de deux millions d’euros alloué à la Biennale de Venise pour la période 2025-2028. Cette décision, non contraignante mais appuyée par l’agence, fait suite à l’évaluation des justifications fournies par la fondation vénitienne après sa décision de rouvrir le pavillon russe, fermé depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. La Biennale, qui affirme avoir agi « en stricte observation » des lois, déplore avoir appris la nouvelle par les réseaux sociaux plutôt que par les canaux techniques officiels et se dit prête à faire valoir ses arguments devant les instances compétentes.
Du côté des institutions européennes, la recommandation s’appuie sur le principe que les fonds des contribuables doivent servir des projets respectueux des valeurs démocratiques, « qui ne sont pas respectées dans la Russie d’aujourd’hui », selon Mme Virkkunen. La procédure de révocation avait été engagée dès avril par l’EACEA, qui avait adressé trois lettres à la Biennale sans obtenir de garanties jugées satisfaisantes. Vingt-deux pays de l’Union européenne, à l’exclusion de l’Italie, avaient signé une lettre de protestation contre la réouverture du pavillon, tandis que la Commission contestait la compatibilité de cette participation avec le régime de sanctions visant Moscou.
En Italie, la classe politique se divise selon des lignes inhabituelles. La Ligue, par la voix du président du Conseil régional de Vénétie Luca Zaia et de la sous-secrétaire Lucia Borgonzoni, dénonce un « acte d’arrogance sans précédent » et un « chantage économique » de Bruxelles, appelant le gouvernement à une contre-offensive institutionnelle. Le Mouvement 5 Étoiles qualifie l’arrêt du financement d’« intimidation politique ». À l’inverse, le Parti démocrate et Azione jugent la décision « juste », la vice-présidente du Parlement européen Pina Picierno y voyant une « figure internationale » que l’Italie aurait pu éviter. Le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, avait déjà dépêché des inspecteurs et déserté l’inauguration.
Depuis Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a exprimé sa « gratitude » envers les organisateurs de la Biennale, les félicitant d’être « libres de l’étroitesse d’esprit qui domine actuellement en Europe ». Il a dénoncé des tentatives d’« annulation de la culture russe » tout en reconnaissant que celle-ci subit une « pression terrible » à l’étranger. Le pavillon russe, intitulé « L’arbre est enraciné dans le ciel », n’a fonctionné que de manière limitée durant les journées professionnelles, faute d’autorisations pour des événements publics, et a été exclu de la compétition pour le Lion d’or après la démission collective du jury, qui protestait contre la participation de pays dont les dirigeants sont visés par des poursuites de la Cour pénale internationale.
Le dossier reste en suspens dans l’attente de la notification technique formelle de l’EACEA, que la Biennale entend contester. En attendant, l’édition 2026 de l’exposition, placée sous le commissariat de Koyo Kouoh, enregistre une fréquentation en hausse de 20 % par rapport à 2024, un record à ce stade de la manifestation. La Mostra du cinéma, prévue en septembre au Lido, pourrait offrir une nouvelle caisse de résonance à ce bras de fer entre souveraineté culturelle et conditionnalité des financements européens.
| Presse russe et CEI | +0.70 | aligned |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | −0.10 | neutral |
| Presse arabe Levant-Maghreb | 0.00 | neutral |
La Russie remercie la Biennale et la oppose à une Europe 'fermée' qui impose un conformisme politique.
Le Kremlin projette son propre récit de liberté culturelle sur la Biennale, présentant la décision de l'UE comme un acte d'étroitesse d'esprit et célébrant la désobéissance de la Biennale comme une victoire de la culture ouverte.
Le bloc russe omet les raisons officielles de l'UE pour la réduction des fonds, fondées sur la violation des valeurs démocratiques par la Russie et la guerre en Ukraine.
Les politiciens italiens et la Biennale s'opposent à la décision de Bruxelles, la présentant comme un excès qui sape l'autonomie culturelle et la diplomatie.
En soulignant la surprise de la Biennale et l'indignation des politiciens locaux, le bloc crée un récit d'une bureaucratie lointaine de l'UE imposant sa volonté à une institution culturelle chérie, faisant appel à la souveraineté et à la fierté locale.
Le bloc européen continental minimise souvent la justification explicite de l'UE selon laquelle le financement est conditionné au respect des valeurs démocratiques, que la Russie a violées.
L'UE défend sa décision en universalisant les valeurs démocratiques comme condition non négociable pour le financement culturel.
Le bloc présente la justification de l'UE comme une question de principe, présentant la réduction des fonds comme une application nécessaire des normes démocratiques universelles plutôt qu'une punition politique.
Le bloc arabe omet les réactions politiques italiennes internes et la surprise de la Biennale elle-même face à la décision, se concentrant uniquement sur la déclaration officielle de l'UE.
Élargis ton regard
Un T. rex aux enchères pour 50 millions de dollars, nouveau record et controverse scientifique
7 langues · 20 sources
Depuis TechnologyUn astronaute américain d’origine indienne s’envole vers l’ISS à bord d’un Soyouz russe
3 langues · 9 sources
Depuis Science & HealthVaccination infantile : 13,5 millions d’enfants « zéro dose » en 2025, des progrès fragiles menacés par les coupes
4 langues · 8 sources