
Stimulus brésilien, reprise argentine contestée, facture colombienne : l’Amérique latine sous tension
Tandis que le Brésil tente de relancer son économie avant les élections, l’Argentine débat de sa reprise et la Colombie hérite d’une facture fiscale écrasante, sur fond de défiance envers le dollar.
Au Brésil, le gouvernement Lula a engagé plus de 180 milliards de reais (environ 30 milliards d’euros) de mesures de relance pour amortir le net ralentissement de l’activité au deuxième trimestre, après une croissance de 1,1 % du PIB en début d’année portée par les récoltes. Ces crédits bonifiés et exonérations fiscales, annoncés à l’approche des élections d’octobre, ne devraient toutefois pas empêcher un repli graduel, selon les analystes brésiliens, qui anticipent une hausse du PIB limitée à 0,5 % – 0,7 % sur le trimestre. La politique monétaire, avec un taux directeur encore à 14,25 %, freine la consommation et l’investissement.
En Argentine, le débat se concentre sur la fiabilité des indicateurs. Le vice-ministre de l’Économie, José Luis Daza, a attribué la volatilité record de l’estimateur mensuel d’activité (EMAE) aux mutations rapides induites par le programme de stabilisation du président Milei. Selon lui, la série « tendance-cycle », qui lisse les chocs, montre 26 mois consécutifs d’expansion et un pic historique de production. D’autres économistes argentins tempèrent cet optimisme : pour Miguel Kiguel, l’expansion reste très lente et le gouvernement manque d’outils pour accélérer la reprise, le temps de l’ajustement étant bien plus long que celui de la destruction.
La Colombie, sous la présidence sortante de Gustavo Petro, s’apprête à transmettre des finances publiques en grande difficulté. Le service de la dette devrait bondir de 40 % en termes réels, absorbant près de 30 % du budget 2026 selon l’Observatoire fiscal de l’Université Javeriana. Le nouveau gouvernement d’Abelardo de la Espriella héritera d’une dette nette estimée à 61 % du PIB, un record, et d’une réforme fiscale visant à lever 21,9 milliards de pesos supplémentaires. Les milieux patronaux, par la voix de la ANDI, jugent ces comptes insoutenables et dénoncent un « État qui a dépensé comme si le futur n’allait pas facturer d’intérêts ».
Ces trajectoires latino-américaines s’inscrivent dans un environnement mondial fragile. Outre-Atlantique, la dette fédérale américaine approche les 40 000 milliards de dollars et les créances totales de l’économie dépassent 118 000 milliards, alimentant les craintes sur la pérennité du dollar comme actif refuge. Pour les pays émergents, une défiance accrue envers la dette américaine pourrait se traduire par une volatilité des flux de capitaux et des coûts d’emprunt plus élevés, compliquant encore l’équation budgétaire de la région. Le prochain test pour Brasilia viendra de la publication du PIB du deuxième trimestre le 1er septembre, tandis que Buenos Aires attendra les prochaines données d’inflation pour jauger sa marge de manœuvre monétaire.
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