
Sénégal et RDC : les réformes constitutionnelles attisent les tensions politiques et les inquiétudes régionales
Au Sénégal, l’adoption d’une révision élargissant les pouvoirs du Parlement a provoqué des heurts, tandis qu’en RDC un projet de nouvelle Constitution ravive le spectre d’un troisième mandat présidentiel.
Le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté un projet de révision constitutionnelle élargissant les pouvoirs du Parlement au détriment de ceux du président. La séance a dégénéré : le député d’opposition Abdou Mbow, après avoir qualifié la majorité de « fascistes », a été expulsé de force par la sécurité parlementaire, une scène largement diffusée sur les réseaux sociaux. Portée par le parti Pastef de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, la réforme renforce le contrôle législatif, obligeant le gouvernement à divulguer les accords sur les ressources naturelles et créant une Cour constitutionnelle élargie.
Ce texte traduit la rupture consommée entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, alliés historiques arrivés au pouvoir en 2024 sur la promesse d’un changement profond. D’après des analystes ouest-africains, le limogeage de M. Sonko du poste de Premier ministre en mai 2026 a transformé le Parlement en arène d’un conflit institutionnel. Le camp présidentiel, minoritaire à l’Assemblée, voit dans cette révision une manœuvre de revanche politique de la part de M. Sonko, qui conserve une influence déterminante sur la majorité parlementaire. L’opposition et plusieurs organisations de la société civile sénégalaise ont réclamé le retrait du texte, tandis que des manifestants étaient dispersés par des tirs de gaz lacrymogène aux abords du Parlement. Le ministre de la Justice a annoncé l’intention du président de soumettre le texte à référendum, une procédure contestée par le président de l’Assemblée.
En République démocratique du Congo, un processus de révision constitutionnelle suscite des inquiétudes similaires. Le 15 juin, le Sénat a adopté un projet de loi ouvrant la voie à un référendum sur une nouvelle Constitution qui effacerait le décompte des mandats antérieurs du président Félix Tshisekedi. Selon des observateurs congolais, l’opposition dénonce un « coup d’État constitutionnel » destiné à permettre un troisième mandat. La coalition au pouvoir domine le Parlement, ce qui accélère le processus malgré l’opposition de l’Église catholique et de la Coalition des Congolais pour le changement constitutionnel. Les critiques soulignent que la légitimité institutionnelle est cruciale pour la position diplomatique de Kinshasa, déjà fragilisée par le conflit dans l’est du pays. D’après des analyses régionales, la confiance publique dans le processus électoral n’est que de 12 %, ce qui risque d’aggraver l’instabilité et de compromettre la mobilisation internationale contre les groupes armés soutenus par le Rwanda. En marge de ces tensions, des messages de félicitations ont été adressés au président Tshisekedi par les Émirats arabes unis et le Maroc à l’occasion de la fête de l’indépendance, rappelant les liens diplomatiques qui pourraient être mis à l’épreuve par une crise de légitimité.
Ces deux dossiers s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions autour des équilibres constitutionnels en Afrique francophone. Au Sénégal, la prochaine étape concrète est l’organisation d’un référendum, dont la date n’a pas été fixée, mais dont la légitimité est d’ores et déjà contestée par le président de l’Assemblée nationale. En RDC, le projet de loi doit encore franchir d’autres étapes parlementaires avant un éventuel référendum, alors que le président Tshisekedi a conditionné la tenue d’élections en 2028 à la résolution du conflit dans l’Est. Les diplomaties occidentales et africaines suivent ces évolutions avec attention, conscientes que la crédibilité des processus électoraux conditionne la stabilité régionale et les partenariats internationaux.
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Le parlement sénégalais a adopté une réforme controversée réduisant les pouvoirs présidentiels, provoquant des manifestations de rue et une lutte de pouvoir acharnée entre le président et le président de l'assemblée. Cette initiative est perçue comme un test pour les institutions démocratiques de la région, les tensions montant à l'intérieur comme à l'extérieur de l'hémicycle.
La révision constitutionnelle en RD Congo est largement considérée comme une manœuvre pour permettre au président Tshisekedi de briguer un troisième mandat, soulevant des doutes sur ses bénéfices pour le pays. Les critiques affirment que la remise à zéro des limites de mandat sape les principes démocratiques et fait primer le pouvoir personnel sur la stabilité nationale.
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