
Quand Hollywood ressuscite son passé : Minions, Elle et la déferlante des préquelles
En une semaine, les écrans du monde entier voient débarquer trois récits ancrés dans des univers familiers, de la jeunesse grunge d’Elle Woods aux Minions stars du muet.
Dans un studio de doublage de Los Angeles, le réalisateur argentin Andy Muschietti prête sa voix à Max, un cinéaste du Hollywood des années 1920. Il ne se contente pas de reproduire la performance originale de Christoph Waltz : il y injecte un accent de tango, des inflexions de lunfardo et un hommage à Pucho, le comparse du Professeur Neurus dans les dessins animés de García Ferré. « J’ai proposé d’en faire un personnage argentin des années 20, tanguero », a-t-il confié à la presse de son pays. Ce choix, validé par le directeur de casting, ancre la version latino-américaine de Minions & Monstres dans un imaginaire local, tout en rappelant que la machine hollywoodienne se nourrit désormais de clins d’œil identitaires pour mieux se déployer à l’échelle planétaire.
Le film, qui sort cette semaine dans les salles du monde entier, constitue le troisième spin-off consacré aux créatures jaunes et le septième volet de l’univers Moi, moche et méchant. L’intrigue transporte les Minions dans le Hollywood du cinéma muet, où ils deviennent des stars avant de déclencher un chaos monstrueux. Le réalisateur français Pierre Coffin, qui signe ici sa première mise en scène en solo au sein de la franchise, parle d’une « lettre d’amour à l’âge d’or de Hollywood », truffée de références à Harold Lloyd, Buster Keaton ou Tex Avery. Dans le même temps, la plateforme Prime Video lance Elle, une série préquelle de La Revanche d’une blonde, qui suit l’adolescence d’Elle Woods en 1995, entre déménagement à Seattle et tentatives d’adoption du look grunge. Netflix, de son côté, propose Enola Holmes 3, où la jeune détective, désormais adulte, voit son mariage compromis par la disparition de Sherlock Holmes.
La presse espagnole a diagnostiqué une « precuelitis » : une industrie qui, plutôt que d’inventer de nouvelles histoires, préfère remonter le temps pour exploiter des personnages déjà aimés. La logique, rappelle le quotidien El Día, est simple : là où une suite force la narration, la préquelle offre un terrain vierge tout en capitalisant sur la complicité affective du public. La franchise Game of Thrones, avec ses multiples séries situées avant l’intrigue principale, ou Le Seigneur des anneaux : Les Anneaux de pouvoir, qui remonte à la Seconde Ère, illustrent cette systématisation. Les médias italiens, en interviewant Pierre Coffin, mettent en avant une autre tension : le réalisateur s’inquiète des investissements massifs dans l’intelligence artificielle, « proclamée comme le futur alors qu’elle risque de détruire tout ce qu’elle touche », tout en célébrant un cinéma artisanal où l’expressivité des corps prime sur le verbe.
Cette déferlante de préquelles et de suites trouve un écho différencié selon les régions. En Amérique latine, la participation d’Andy Muschietti au doublage est perçue comme une reconnaissance de la diaspora cinématographique argentine à Hollywood ; les journaux brésiliens, eux, soulignent le virage « plus adulte et plus effrayant » d’Enola Holmes 3, citant le réalisateur Philip Barantini, issu de la série Adolescence. La presse indonésienne détaille avec minutie l’intrigue de Minions and Monsters, tandis que les médias français s’intéressent à la patte de Pierre Coffin, qui a co-dirigé les précédents volets et prête sa voix aux Minions depuis 2010. Partout, le même constat : le public est invité à retrouver des univers familiers, quitte à ce que la nostalgie serve de boussole créative.
Reste une image, celle d’une Elle Woods adolescente qui, pour s’intégrer dans son nouveau lycée, troque ses tenues roses contre des chemises à carreaux et écoute Nirvana. Un détail qui, à lui seul, dit la mécanique de la préquelle : rembobiner le temps pour montrer comment l’héroïne est devenue celle que l’on connaît, quitte à ce que le grunge ne soit qu’une parenthèse avant le retour du rose.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Le nouveau film des Minions met en scène le réalisateur argentin Andy Muschietti en tant que doubleur, avec un accent qui évoque Carlos Gardel. C'est célébré comme un moment de fierté pour le cinéma argentin, montrant comment le talent local peut marquer de son empreinte une franchise hollywoodienne mondiale. Ce prequel s'inscrit dans une vague d'extensions de saga, mais c'est le lien argentin qui le rend digne d'intérêt.
Dans une interview, le réalisateur des Minions Pierre Coffin a exprimé un fort scepticisme envers l'intelligence artificielle, avertissant que, bien qu'elle soit promue comme l'avenir, elle détruit tout ce qu'elle touche. Il a souligné la valeur irremplaçable de la créativité humaine dans l'animation, présentant le nouveau film comme un hommage au Hollywood classique. Ces déclarations interviennent alors que l'industrie adopte de plus en plus d'outils d'IA.
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