
Philippines : le procès en destitution de Sara Duterte, révélateur des fractures dynastiques
Le Sénat philippin a ouvert lundi le procès de la vice-présidente, accusée de corruption et de menaces contre le président Marcos, un scrutin qui pourrait bouleverser l’élection de 2028.
Le Sénat des Philippines, siégeant en tribunal de destitution, a entamé lundi 6 juillet 2026 le procès de la vice-présidente Sara Duterte. Élu à la présidence de la cour après un amendement contesté du règlement intérieur, le sénateur Chiz Escudero dirigera des audiences prévues sur 92 jours. L’accusation porte sur quatre chefs : détournement de fonds confidentiels, enrichissement inexpliqué, corruption et menaces d’assassinat visant le président Ferdinand Marcos Jr., son épouse et un ancien président de la Chambre des représentants. Une condamnation, qui requiert seize voix sur vingt-quatre sénateurs, entraînerait la destitution et l’inéligibilité permanente de Mme Duterte, hypothéquant sa candidature à la présidentielle de 2028, pour laquelle les sondages la donnent en tête.
La défense dénonce une manœuvre politique et affirme que les accusations sont infondées. Le parquet, par la voix du député Robert Barbers, entend « laisser les preuves parler d’elles-mêmes ». Selon des politologues de l’Université des Philippines et de l’Université de Makati, la crédibilité du verdict dépendra de la perception publique de l’équité des débats. Jean Encinas-Franco, de l’Université des Philippines, rappelle le précédent du procès du président Joseph Estrada en 2001, où le refus du Sénat d’examiner une preuve clé avait déclenché des manifestations massives et précipité la chute du chef de l’État. Pour les analystes de Manille, la légitimité de la procédure est d’autant plus scrutée que l’alliance électorale de 2022 entre les dynasties Marcos et Duterte a cédé la place à une hostilité ouverte, nourrie par l’arrestation de l’ancien président Rodrigo Duterte par la Cour pénale internationale et par des divergences géopolitiques.
Le procès s’inscrit dans un paysage politique fragmenté. Trois sénateurs proches de la vice-présidente sont empêchés : Ronald dela Rosa, visé par un mandat d’arrêt de la CPI, est en fuite ; Jose Estrada est détenu pour pillage ; Rodante Marcoleta fait l’objet de poursuites pour corruption. Leur absence pourrait abaisser le seuil des deux tiers si le Sénat décide de ne compter que les membres présents, selon des constitutionnalistes de l’Université De La Salle. Sur le plan international, les observateurs régionaux notent que le président Marcos a renforcé la coopération de défense avec Washington face aux actions de la Chine en mer de Chine méridionale, tandis que Sara Duterte, critiquée pour son silence sur ces incidents, incarne l’héritage du rapprochement sino-russe mené par son père.
Le calendrier prévoit trois séances hebdomadaires et l’audition de 57 témoins à charge, puis de 45 témoins à décharge. La durée effective reste incertaine, le procès en destitution d’un ancien président de la Cour suprême en 2012 ayant duré quatre mois. Les analystes de l’Ateneo de Manila estiment que l’examen des quatre articles pourrait s’étendre sur sept à huit mois. Aucune date de vote n’est fixée, et l’issue demeure ouverte, la loyauté des sénateurs étant jugée volatile par les experts de la région.
| Presse atlantique / anglosphère | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse d'Asie du Sud-Est | −0.10 | neutral |
| Presse du Golfe arabe | −0.30 | critical |
Le rêve présidentiel de Sara Duterte est en jeu dans un procès controversé qui pourrait détruire ou lancer sa carrière politique.
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