
Le Parlement zimbabwéen adopte la réforme qui maintient Mnangagwa au pouvoir jusqu’en 2030
Le Sénat a approuvé mercredi l’amendement constitutionnel allongeant le mandat présidentiel et supprimant l’élection directe, un texte dénoncé comme un « coup d’État constitutionnel » par l’opposition.
Le Sénat du Zimbabwe a adopté le 18 juin un projet de révision constitutionnelle qui repousse la fin du mandat du président Emmerson Mnangagwa de 2028 à 2030, par 75 voix contre 4. Le texte, déjà voté par l’Assemblée nationale le 18 juin par 216 voix contre 42, allonge la durée des mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans et confie au Parlement le soin d’élire le chef de l’État, mettant fin au suffrage universel direct instauré en 1987. Le projet doit encore revenir devant la chambre basse pour des ajustements techniques avant d’être promulgué par le président.
Pour le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), cette réforme vise à « renforcer la stabilité politique et la continuité des politiques publiques afin de mener à terme les programmes de développement », selon la position exprimée par le gouvernement en février. Les soutiens du président, qui avaient commencé à scander des slogans en faveur d’une prolongation de son mandat il y a deux ans, estiment que le scrutin parlementaire renforcera la responsabilité des élus. À l’inverse, les formations d’opposition et une partie de la société civile qualifient le processus de « coup d’État constitutionnel ». L’ancien sénateur David Coltart y voit une « violation effective » des dispositions constitutionnelles, notamment du droit de vote, et réclame un référendum.
Les organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, documentent depuis mars un climat d’intimidation et de violences à l’encontre des opposants à la réforme. Des militants font état d’arrestations, de passages à tabac et de menaces imputés à des agents de l’État ou à des hommes armés non identifiés. Sur le plan judiciaire, la Cour constitutionnelle a rejeté le 17 juin un recours préventif, le jugeant sans fondement juridique, ce qui, selon le directeur de l’Institut pour les droits humains et le développement en Afrique, Musa Kika, expose la complicité des institutions dans une « mutilation constitutionnelle ».
Emmerson Mnangagwa, 83 ans, dirige le pays depuis le coup d’État militaire de 2017 qui a écarté Robert Mugabe après trente-sept ans de pouvoir. Élu en 2018 puis réélu en 2023 lors de scrutins contestés, il est décrit par plusieurs analystes africains comme plus autoritaire que son prédécesseur. La réforme, en supprimant l’élection présidentielle directe, réduit, selon le journaliste Hopewell Chin’ono, les chances qu’un candidat extérieur à la ZANU-PF accède à la magistrature suprême « dans un avenir prévisible ». Le texte attend désormais un ultime passage technique à l’Assemblée nationale avant sa signature par le chef de l’État.
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Le Sénat zimbabwéen a massivement adopté un amendement constitutionnel qui pourrait maintenir le président Mnangagwa au pouvoir jusqu'en 2030. Le projet de loi, qui transfère également l'élection présidentielle du vote populaire au parlement, a été soutenu par le parti au pouvoir, la Zanu-PF. Tandis que les critiques dénoncent une confiscation du pouvoir, les partisans affirment qu'il renforcera la stabilité politique.
La réforme constitutionnelle au Zimbabwe est une manœuvre trompeuse pour ancrer le pouvoir du président Mnangagwa, faisant écho à l'héritage autoritaire de Robert Mugabe. Derrière un vernis de renouveau démocratique, l'allongement des mandats et le passage à une élection parlementaire consolident le pouvoir, tandis que les investisseurs internationaux convoitent le lithium du pays. Cette décision souligne les réflexes autoritaires persistants du régime, avec la complicité étrangère.
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