
Le modèle social en question : de la Suède à l’Allemagne, l’État-providence sous tension
Entre privatisation des services publics et redéfinition du bien-être, les débats en cours en Europe et en Amérique latine révèlent une remise en cause profonde des fondements de la protection sociale.
En Suède, la campagne pour les élections législatives du 13 septembre met en lumière une fracture persistante autour de la place du secteur privé dans les services publics. D’un côté, les sociaux-démocrates, appuyés par des tribunes dans la presse régionale, défendent l’héritage du « folkhem » – le foyer du peuple – bâti au XXe siècle sur les piliers de l’école, de la santé et des retraites universelles. De l’autre, les partis de centre-droit et les milieux économiques plaident pour le maintien, voire l’extension, des mécanismes de libre choix et de mise en concurrence, introduits notamment par la loi sur la liberté de choix dans les soins primaires de 2009. Ce clivage s’incarne dans deux dossiers brûlants : les écoles indépendantes et les centres de santé privés, accusés par leurs détracteurs de capter les fonds publics au détriment de la qualité des services.
Les enquêtes menées par le quotidien Sydsvenskan dans la ville de Malmö ont révélé que des millions de couronnes d’argent public ont été versés à des établissements scolaires privés tout en constatant un nombre insuffisant d’heures de cours et un recours massif à des enseignants non qualifiés. Face à ces abus, le gouvernement de coalition dirigé par les Modérés a proposé un train de réformes, mais celles-ci sont jugées insuffisantes par l’opposition sociale-démocrate locale, qui réclame la possibilité pour les communes de geler les versements et d’exiger le remboursement des sommes indûment perçues. Un débat similaire traverse le secteur de la santé : dans la région de Skåne, des voix s’élèvent pour que les autorités régionales reprennent le contrôle de l’implantation des centres de soins, aujourd’hui largement dictée par la rentabilité, et pour que les grands groupes à but lucratif, souvent détenus par des capitaux étrangers, soient exclus du système.
Au-delà du cas suédois, la question de la frontière entre responsabilité individuelle et solidarité collective agite plusieurs pays européens. En Allemagne, le ministre fédéral des Finances, Lars Klingbeil, a défendu la décision du gouvernement d’exiger un certificat médical dès le premier jour d’arrêt maladie, une mesure qui rompt avec la pratique antérieure autorisant trois jours sans justificatif. Selon les autorités allemandes, cette réforme vise à endiguer une hausse de l’absentéisme, dans un contexte où les régimes d’assurance sociale sont soumis à une pression financière croissante. Des économistes suédois, s’appuyant sur des données historiques, mettent en garde : toute suppression des jours de carence, comme le proposent certains partis, entraînerait mécaniquement une augmentation des arrêts de travail, ainsi que l’a montré l’expérience norvégienne où le taux d’absentéisme a atteint 7,1 % en 2024.
En Amérique latine, la réflexion sur le bien-être prend d’autres formes, mais converge vers une même exigence de repenser les politiques publiques. En Colombie, l’Enquête nationale de santé mentale de 2025, réalisée par l’Université d’Antioquia, révèle que si 90 % des personnes interrogées jugent leur santé mentale bonne, seules 67 % se disent satisfaites de leur vie, pointant les effets de la crise climatique, de la solitude et de la précarité économique. Les chercheurs colombiens appellent à dépasser une approche strictement médicale pour intégrer les déterminants sociaux et environnementaux. En Argentine, une étude publiée dans PLOS Climate plaide pour que les arbres urbains soient considérés comme des infrastructures critiques de santé publique, capables de réduire les îlots de chaleur et le stress chronique. Ces travaux font écho au concept d’« hälsa existentielle » promu par le ministre suédois des Affaires sociales, Jakob Forssmed, qui invite l’État à créer les conditions d’une vie porteuse de sens, au-delà des seuls indicateurs économiques. Alors que le Parlement suédois s’apprête à débattre des propositions de réforme, la question de savoir jusqu’où la collectivité doit garantir le bien-être de chacun reste ouverte.
| Presse latino-américaine | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | −0.30 | critical |
Bogotá tries to balance social ambitions with budget constraints, while Berlin and Stockholm show the limits of their models.
An implicit comparison between the Global North and South is used to relativize European solutions, suggesting that each context requires specific responses.
European capitals must reform welfare to keep it sustainable, without yielding to populism.
A technical-economic tone is adopted to legitimize reforms as inevitable, presenting cuts as rational choices rather than ideological ones.
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