
La Lituanie s’apprête à lever l’interdiction constitutionnelle sur l’arme nucléaire
Face à la menace russe, Vilnius engage une révision de sa loi fondamentale pour permettre le déploiement d’armes de destruction massive, tandis que les États riverains de la Russie réévaluent leurs doctrines de défense.
Le président lituanien Gitanas Nausėda a annoncé son intention de modifier la Constitution pour supprimer l’interdiction du déploiement d’armes de destruction massive sur le territoire national. Héritée de l’ère post-soviétique, cette disposition empêche, selon Vilnius, de bénéficier pleinement du potentiel de dissuasion de l’OTAN. Le ministre de la Défense, Robertas Kaunas, a souligné que la Lituanie est « pratiquement le seul pays de l’Alliance » à maintenir une telle prohibition, ce qui limite sa capacité à intégrer les capacités nucléaires de l’organisation en cas de crise.
Du point de vue des autorités baltes, la dégradation de l’environnement sécuritaire, marquée par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine et les manœuvres nucléaires de Moscou, justifie cette révision. Les médias russes, citant les déclarations officielles, rapportent que Vilnius ne prévoit pas de stockage d’armes nucléaires en temps de paix, mais entend se préparer à un rôle dissuasif au sein de l’Alliance. Parallèlement, les pays nordiques et la Pologne réévaluent leurs propres instruments de défense : la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont annoncé leur retrait du traité d’Ottawa sur les mines antipersonnel, invoquant la menace russe, ce qui place la Suède, toujours liée par ce traité, face à un dilemme opérationnel lors des déploiements conjoints.
La modification constitutionnelle lituanienne requiert un vote à la majorité qualifiée de 94 députés sur 141, à deux reprises espacées de trois mois. La coalition gouvernementale dispose de 79 sièges, ce qui impose de rallier une partie de l’opposition. Selon les analystes de la région, le débat dépasse la seule question nucléaire : il s’inscrit dans une remise en cause plus large des traités de maîtrise des armements par les États riverains de la Russie, qui estiment que les contraintes juridiques héritées de l’après-guerre froide ne correspondent plus à la réalité stratégique actuelle. Le ministre lituanien de la Défense a indiqué que la décision finale dépendra en grande partie de la position des États-Unis, principal garant de la dissuasion nucléaire de l’OTAN.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de fragmentation du régime de contrôle des armements. La Russie, qui n’a jamais signé le traité d’Ottawa, utilise des mines antipersonnel en Ukraine, y compris des modèles à dispersion aérienne, selon des rapports onusiens. L’Ukraine elle-même s’est retirée du traité en 2024 pour ne pas être liée par des règles que l’agresseur ignore. Pour les capitales baltes et nordiques, le dilemme est double : renforcer la dissuasion sans provoquer une escalade, et préserver l’ordre international fondé sur des règles tout en s’adaptant à un adversaire qui le rejette. Le débat parlementaire à Vilnius devrait s’ouvrir dans les semaines à venir, tandis que la Suède examine les moyens juridiques de coopérer avec la Finlande sans dénoncer le traité d’Ottawa.
| Presse russe et CEI | −0.70 | critical |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | +0.20 | neutral |
La Russie dénonce la décision lituanienne comme une provocation inacceptable qui exige une réponse ferme.
On inverse les rôles d'agresseur et de victime : la Lituanie devient l'agresseur menaçant la Russie, tandis que la Russie se présente comme la partie lésée contrainte de réagir.
Le contexte de la souveraineté lituanienne et du droit d'autodéfense collective de l'OTAN est omis, ainsi que le fait que la Lituanie agit en réponse à des agressions russes antérieures.
L'Europe du Nord considère la décision lituanienne comme une mesure légitime d'autodéfense dans un contexte de menace russe croissante.
On universalise le droit à la défense collective, présentant la décision comme une réaction normale à une agression antérieure, sans remettre en cause la souveraineté lituanienne.
L'effet potentiel d'escalade de la décision et les préoccupations russes concernant l'encerclement par l'OTAN sont omis, ainsi que le fait que la Lituanie pourrait accueillir des armes nucléaires offensives.
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