
L’Allemagne restreint l’accès aux arrêts maladie, un signal pour les régulations du travail dans le monde
Le chancelier Merz impose une consultation médicale en présentiel dès le premier jour d’absence, invoquant un frein à la compétitivité, alors que d’autres pays révisent leurs dispositifs de protection sociale.
Le gouvernement fédéral allemand a annoncé, la semaine dernière, un durcissement des conditions d’obtention d’un arrêt maladie. À compter de janvier prochain, les travailleurs ne pourront plus se procurer un certificat médical par téléphone et devront consulter un médecin en présentiel dès le premier jour d’absence. Selon la chancellerie, cette mesure vise à enrayer une hausse jugée préoccupante des jours d’arrêt, passés d’une moyenne de 13 jours par an en 2018 à près de 20 jours en 2025, d’après l’institut berlinois IGES. Le chancelier Friedrich Merz, à la tête d’une coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates, a présenté cette réforme comme une réponse à un « désavantage compétitif » pour l’économie allemande, déjà confrontée à la concurrence chinoise, aux coûts de l’énergie et aux tensions géopolitiques.
Les positions divergent nettement au sein de l’espace public allemand. D’un côté, les milieux patronaux et le gouvernement estiment que la facilité d’accès aux arrêts maladie, notamment via le système électronique de transmission des certificats (eAU) généralisé en 2023, a favorisé un absentéisme qui pèse sur la productivité. De l’autre, des voix syndicales et une partie du corps médical mettent en garde contre une stigmatisation des pathologies légitimes et un report de la responsabilité des difficultés économiques sur une population active vieillissante. Le système allemand reste l’un des plus protecteurs : maintien intégral du salaire par l’employeur pendant six semaines, puis prise en charge par l’assurance publique à hauteur d’environ 70 % du salaire brut, pour une durée pouvant atteindre 78 semaines sur trois ans en cas de maladie identique.
Cette réforme s’inscrit dans un mouvement plus large de révision des cadres légaux du travail, perceptible dans plusieurs régions. Aux Émirats arabes unis, le ministère des Ressources humaines et de l’Émiratisation (MOHRE) a simplifié les procédures d’annulation et de modification des permis de travail, tout en rappelant que toute clause contractuelle réduisant les droits minimaux des salariés est nulle, sauf si elle leur est plus favorable. La législation émiratie interdit également de prolonger une période d’essai au-delà de son terme initial, même en cas de changement de direction. En Iran, les règles relatives aux congés et à la prise en charge des cotisations sociales font l’objet de clarifications publiques : les congés payés (annuels, pour événements familiaux, de paternité) sont à la charge de l’employeur, tandis que les indemnités journalières en cas de maladie ou de maternité sont versées par l’Organisation de la sécurité sociale, le contrat de travail étant suspendu pendant l’arrêt. En Indonésie, l’assurance maladie universelle (JKN) permet aux salariés du secteur formel d’étendre leur couverture à des membres de la famille élargie, comme les parents ou beaux-parents, moyennant un prélèvement supplémentaire sur salaire.
Aux États-Unis, la protection des locataires membres des forces armées illustre une autre facette de l’intervention publique dans les rapports contractuels : selon le Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB), ces militaires ne peuvent être expulsés de leur logement pendant leur service si leur loyer est inférieur à 4 214,28 dollars, et ils peuvent obtenir une suspension de 90 jours d’une procédure d’expulsion judiciaire. Ces ajustements, qu’ils concernent le droit du travail, la santé ou le logement, témoignent d’une recherche d’équilibre entre protection des individus et impératifs économiques, chaque État ou région calibrant ses dispositifs en fonction de ses contraintes propres. Le projet allemand doit encore franchir les étapes parlementaires, tandis que les Émirats poursuivent leur consultation publique sur la simplification des permis de travail jusqu’à la fin juillet.
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