
Fossiles oubliés et nouvelles analyses redessinent la carte du monde préhistorique
Trois découvertes récentes, du premier dinosaure antarctique aux origines des tortues, illustrent comment la révision des collections et les technologies d’imagerie bouleversent les certitudes paléontologiques.
Un os exhumé en 1985 sur l’île James Ross, en Antarctique, et conservé depuis dans un tiroir du British Antarctic Survey, vient d’être identifié comme le premier reste de dinosaure jamais découvert sur le continent blanc. La vertèbre caudale, d’environ dix centimètres de diamètre, appartenait à un titanosaure, un sauropode herbivore qui foulait, il y a 70 millions d’années, des forêts tempérées là où règnent aujourd’hui les glaces. Publiée dans Acta Palaeontologica Polonica, cette réattribution confirme que les grands sauropodes ont traversé l’Antarctique, alors relié à l’Amérique du Sud et à l’Australie, renforçant l’hypothèse d’un corridor de dispersion à travers le Gondwana.
Parallèlement, une étude parue dans Current Biology remet en cause l’origine évolutive des tortues. En analysant par tomodensitométrie 226 spécimens fossiles, une équipe associant le Musée américain d’histoire naturelle et l’Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, conclut que l’Eunotosaurus africanus, longtemps considéré comme l’ancêtre des tortues en raison de ses côtes élargies, n’est en réalité qu’un reptile fouisseur sans lien direct. Les caractères crâniens, auditifs et podaux rapprochent plutôt les tortues des archosaures, groupe qui inclut les crocodiles et les oiseaux. La carapace des tortues et la cage thoracique de l’Eunotosaurus seraient un cas d’évolution convergente, comparable à l’armure des tatous.
Dans les sables de l’oasis de Bahariya, en Égypte, une troisième découverte comble une lacune africaine. Une équipe de l’Université de Mansoura, associée à des musées américains, a exhumé un os d’aile de ptérosaure vieux de 95 millions d’années. Il s’agit du premier fossile confirmé de reptile volant en Égypte, un spécimen d’environ quatre mètres d’envergure qui planait au-dessus des rivières et plaines côtières du Crétacé. Cette trouvaille, également publiée dans Acta Palaeontologica Polonica, revêt une importance particulière car une grande partie du matériel fossile historique de Bahariya, dont des dinosaures emblématiques comme le Spinosaurus, a été détruite durant la Seconde Guerre mondiale.
Ces trois avancées, bien que portant sur des groupes et des ères distincts, partagent un dénominateur commun : la réévaluation systématique des collections muséales et le recours à l’imagerie haute résolution. Elles rappellent que les tiroirs des institutions recèlent encore des spécimens mal identifiés, et que les techniques modernes permettent de corriger des erreurs d’attribution vieilles de plusieurs décennies. Les chercheurs européens, américains et africains impliqués soulignent le potentiel des expéditions à venir, notamment en Antarctique où le recul des glaces expose de nouveaux affleurements, et dans les oasis égyptiennes où les fouilles reprennent après des décennies d’interruption.
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