
Éthiopie : raz-de-marée électoral pour Abiy Ahmed, un pays fracturé
Le Parti de la prospérité a remporté 438 des 501 sièges aux législatives, une victoire éclipsée par l’exclusion du Tigré et les violences régionales.
Le Parti de la prospérité (PP) du premier ministre Abiy Ahmed a remporté 438 des 501 sièges mis en jeu aux élections législatives du 1er juin en Éthiopie, selon les résultats annoncés par la Commission électorale nationale le 18 septembre. Cette majorité, représentant près de 90 % des sièges déclarés, assure la reconduction de M. Abiy pour un second mandat de cinq ans lors de l’ouverture de la nouvelle législature, prévue début octobre. Le scrutin s’est tenu dans un contexte de fortes tensions : 143 bureaux de vote n’ont pas ouvert pour des raisons de sécurité, et les 38 circonscriptions de la région du Tigré en ont été totalement exclues.
Les partisans du chef du gouvernement saluent les gains économiques et l’amélioration de la sécurité alimentaire dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. À l’inverse, l’opposition, dont plusieurs dirigeants sont emprisonnés ou en exil, dénonce un climat de peur et d’intimidation. Selon des analystes éthiopiens et des organisations de défense des droits humains, le champ politique s’est considérablement rétréci depuis 2018, en dépit des promesses d’ouverture qui avaient valu à Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix l’année suivante.
La situation sécuritaire a lourdement pesé sur le processus électoral. Dans l’Amhara, les milices nationalistes Fano, en conflit ouvert avec les forces fédérales depuis plus de trois ans, ont perturbé le vote et empêché l’ouverture de nombreux bureaux. En Oromia, la région la plus peuplée, l’Armée de libération oromo (OLA) a mené des attaques meurtrières le jour du scrutin. L’organisation spécialisée Acled a recensé plus d’une centaine d’affrontements armés à travers ces deux régions. Au Tigré, aucune élection n’a été organisée, la région portant encore les stigmates d’une guerre civile (2020-2022) qui a fait, selon l’Union africaine, environ 600 000 morts. Les tensions entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes restent vives, les deux camps s’accusant mutuellement de préparer une nouvelle offensive.
Sur le plan diplomatique, les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée, normalisées en 2018, se sont à nouveau dégradées. Asmara accuse Addis-Abeba de visées impérialistes sur ses ports de la mer Rouge, tandis que des responsables éthiopiens soupçonnent le voisin érythréen de soutenir des groupes rebelles. Des observateurs régionaux pointent également l’implication de l’Éthiopie dans le conflit soudanais, ce que dément le gouvernement. La nouvelle chambre basse du Parlement, largement dominée par le PP, devra composer avec un pays plus fragmenté que jamais et une légitimité électorale contestée, alors que les prochaines étapes institutionnelles – l’élection du premier ministre par les députés – sont attendues en octobre.
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The report highlights that while Abiy Ahmed's party won a landslide, the election was marred by conflict and repression, with little opposition participation, raising fears of further instability.
The European press varies, with some outlets describing the election as expected and noting the lack of surprises, while others critically highlight the transformation of Abiy from a reformer to a war leader, pointing to the ongoing conflict in Tigray.
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