
Du Salvador au Congo, les révisions constitutionnelles redessinent les mandats présidentiels
Tandis que Nayib Bukele officialise sa candidature pour un troisième mandat, le Sénat congolais adopte une réforme des limites de mandat et le Parlement sénégalais réduit les pouvoirs du chef de l’État.
Au Salvador, le président Nayib Bukele a formalisé le 29 juin sa précandidature pour un troisième mandat consécutif en vue des élections générales de 2027, une possibilité ouverte par la réforme constitutionnelle de 2025 autorisant la réélection indéfinie. Selon le parti au pouvoir Nuevas Ideas, cette inscription ne rencontrera pas d’opposition lors des primaires du 12 juillet. Dans le même temps, le Sénat de la République démocratique du Congo a adopté le 15 juin un projet de révision constitutionnelle qui, s’il est approuvé par référendum, effacerait les mandats antérieurs du président Félix Tshisekedi et lui permettrait de briguer un troisième mandat. Au Sénégal, les députés ont voté une réforme élargissant les pouvoirs du Parlement et restreignant ceux du président, sur fond de rupture entre le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko.
Les justifications avancées par les exécutifs concernés divergent. Pour les partisans de M. Bukele, la réélection sans limite répond à une demande populaire nourrie par la chute de plus de 90 % des homicides attribuée à la politique de sécurité, bien que des organisations de défense des droits humains dénoncent des détentions extrajudiciaires massives. À Kinshasa, la coalition présidentielle argue que la crise sécuritaire dans l’Est empêche la tenue d’élections en 2028 et que la réforme constitutionnelle est nécessaire pour stabiliser le pays. L’opposition congolaise et la Conférence épiscopale nationale du Congo y voient un « coup d’État constitutionnel » susceptible d’aggraver la fragilité institutionnelle et de saper la confiance publique, déjà limitée à 12 % de la population selon des enquêtes citées par les analystes.
Au Sénégal, la dynamique est inverse : le Parlement, dominé par le parti Pastef de M. Sonko, a adopté des amendements qui renforcent le contrôle législatif sur les ressources naturelles, interdisent au président en exercice de diriger un parti et créent une Cour constitutionnelle élargie. Le camp présidentiel y perçoit une manœuvre de l’ancien Premier ministre pour affaiblir l’exécutif, tandis que les partisans de la réforme invoquent un rééquilibrage des pouvoirs. Le ministre de la Justice a annoncé un référendum, mais M. Sonko conteste la nécessité de cette consultation, estimant que le vote parlementaire suffit.
Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions autour de la limitation des mandats en Amérique latine et en Afrique. Des analystes latino-américains rappellent que des figures comme les Kirchner en Argentine, Evo Morales en Bolivie ou Hugo Chávez au Venezuela ont également modifié les règles constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir. En RDC, les experts préviennent que l’affaiblissement des institutions démocratiques pourrait compromettre la capacité de Kinshasa à mobiliser un soutien international face à la rébellion du M23, tout en alimentant la mobilisation de groupes armés. Le dossier salvadorien est désormais entre les mains de la commission électorale du parti au pouvoir, tandis que le processus congolais attend la convocation d’un référendum à une date non précisée.
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Au Salvador, la candidature de Bukele pour un troisième mandat consécutif, rendue possible par une réforme constitutionnelle sur mesure, est dénoncée comme une trahison de la démocratie. La manipulation des règles pour s'accrocher au pouvoir est qualifiée de traîtrise, vidant les institutions de leur substance et ouvrant la voie à un autoritarisme sans fin.
La poussée de Tshisekedi pour un troisième mandat en RDC suscite de sérieux doutes quant à ses bénéfices pour le pays. Un projet de révision constitutionnelle remettrait les compteurs à zéro par référendum, contournant l'interdiction explicite. Cette initiative est accueillie avec scepticisme : plutôt que de répondre à une urgence nationale, elle semble servir des ambitions personnelles, au risque d'aggraver l'instabilité.
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