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Société & Culturevendredi 3 juillet 2026

Quand l’école se numérise, l’élève disparaît-il derrière les données ?

De l’Indonésie au Bangladesh, la course à la connectivité et à l’analyse des données éducatives promet l’inclusion, mais soulève la question de la place de l’humain dans la classe.

Dans une école d’un village reculé du Bangladesh, une fillette atteinte d’un handicap moteur trace ses premières lettres sur une ardoise, entourée d’autres enfants. Il y a un an encore, elle restait à la maison, exclue d’un système scolaire qui ne savait pas l’accueillir. Aujourd’hui, grâce au programme « Shikhbo Sobai » (Nous apprendrons tous) porté par l’ONG Save the Children, elle partage la même salle que ses voisins. Une étude conjointe de l’université de Cambridge et du BRAC Institute of Governance and Development vient de le confirmer : dans les établissements ayant adopté ce modèle inclusif, la participation des enfants handicapés a bondi de 15 %, tandis que les brimades ont reculé de 8 %. Un chiffre, certes, mais derrière lui, le visage d’une enfant qui, pour la première fois, lève la main en classe.

À des milliers de kilomètres de là, l’Indonésie poursuit une ambition parallèle : connecter 16 557 établissements supplémentaires à Internet d’ici 2026, après en avoir déjà équipé 8 265 en 2025. Le gouvernement de Prabowo Subianto a distribué des tableaux numériques interactifs à près de 289 000 écoles, y compris dans les zones dites « 3T » (défavorisées, frontalières et ultrapériphériques). Selon les évaluations du ministère de l’Éducation, 99,5 % des élèves trouvent ces cours plus attrayants, et 98 % déclarent mieux comprendre les leçons. La promesse est séduisante : la technologie comme levier d’équité, capable d’effacer les distances et de personnaliser les apprentissages. Pourtant, cette numérisation accélérée ne va pas sans angles morts. À Batam, les données de 1 495 candidats au nouveau système d’admission scolaire (SPMB) ont fuité sur des forums numériques, obligeant l’Agence nationale de cybersécurité à lancer une enquête de forensique et à déployer en urgence des systèmes de détection d’intrusion.

Cette tension entre promesse technologique et fragilité des données traverse aujourd’hui les débats éducatifs sur plusieurs continents. En Argentine, où les difficultés de lecture touchent une large part des élèves, des voix plaident pour un usage systématique de l’analytique de données, non pour remplacer le regard de l’enseignant, mais pour l’affiner. « Ce qui ne se mesure pas peut difficilement s’améliorer », rappelle un spécialiste cité par le quotidien La Nación, qui insiste sur la nécessité de former des équipes capables de lire pédagogiquement les informations, dans le respect de la vie privée. Au Québec, le constat est plus amer : l’intégration des élèves à besoins particuliers dans les classes ordinaires tourne au « chaos », faute de ressources spécialisées, poussant certains à réclamer des écoles dédiées, à l’image des hôpitaux spécialisés, où des experts travailleraient en synergie.

Ce balancement entre données et humanité trouve un écho inattendu dans la pensée islamique contemporaine. En Indonésie, des intellectuels mobilisent le concept de Hifz al-‘Aql – la préservation de l’intellect, l’un des objectifs supérieurs de la charia – pour alerter contre les « bulles de filtres » et les fausses informations générées par l’intelligence artificielle. À l’heure où les algorithmes façonnent ce que nous voyons, vérifier une source (tabayyun) devient un acte de résistance cognitive. Un défi d’autant plus urgent que, selon les chiffres officiels, près de 4 millions d’enfants indonésiens restent en dehors du système scolaire, et que 23 % des écoles du pays ne sont toujours pas connectées. La data, aussi abondante soit-elle, ne profite qu’à ceux qui savent la lire – et qui ont la possibilité d’y accéder.

Au Bangladesh, la fillette à l’ardoise ne se soucie guère de ces débats. Elle apprend, simplement. Mais son destin rappelle que l’inclusion ne se décrète pas par la seule magie des écrans ou des statistiques. Elle exige des infrastructures, des enseignants formés, et une société qui accepte de regarder autrement ceux qu’elle a longtemps tenus à l’écart. Dans un monde saturé de données, le véritable défi n’est peut-être pas de produire plus de chiffres, mais de ne jamais perdre de vue l’enfant qui, un matin, franchit pour la première fois la porte d’une classe.

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vendredi 3 juillet 2026

Quand l’école se numérise, l’élève disparaît-il derrière les données ?

De l’Indonésie au Bangladesh, la course à la connectivité et à l’analyse des données éducatives promet l’inclusion, mais soulève la question de la place de l’humain dans la classe.

Dans une école d’un village reculé du Bangladesh, une fillette atteinte d’un handicap moteur trace ses premières lettres sur une ardoise, entourée d’autres enfants. Il y a un an encore, elle restait à la maison, exclue d’un système scolaire qui ne savait pas l’accueillir. Aujourd’hui, grâce au programme « Shikhbo Sobai » (Nous apprendrons tous) porté par l’ONG Save the Children, elle partage la même salle que ses voisins. Une étude conjointe de l’université de Cambridge et du BRAC Institute of Governance and Development vient de le confirmer : dans les établissements ayant adopté ce modèle inclusif, la participation des enfants handicapés a bondi de 15 %, tandis que les brimades ont reculé de 8 %. Un chiffre, certes, mais derrière lui, le visage d’une enfant qui, pour la première fois, lève la main en classe.

À des milliers de kilomètres de là, l’Indonésie poursuit une ambition parallèle : connecter 16 557 établissements supplémentaires à Internet d’ici 2026, après en avoir déjà équipé 8 265 en 2025. Le gouvernement de Prabowo Subianto a distribué des tableaux numériques interactifs à près de 289 000 écoles, y compris dans les zones dites « 3T » (défavorisées, frontalières et ultrapériphériques). Selon les évaluations du ministère de l’Éducation, 99,5 % des élèves trouvent ces cours plus attrayants, et 98 % déclarent mieux comprendre les leçons. La promesse est séduisante : la technologie comme levier d’équité, capable d’effacer les distances et de personnaliser les apprentissages. Pourtant, cette numérisation accélérée ne va pas sans angles morts. À Batam, les données de 1 495 candidats au nouveau système d’admission scolaire (SPMB) ont fuité sur des forums numériques, obligeant l’Agence nationale de cybersécurité à lancer une enquête de forensique et à déployer en urgence des systèmes de détection d’intrusion.

Cette tension entre promesse technologique et fragilité des données traverse aujourd’hui les débats éducatifs sur plusieurs continents. En Argentine, où les difficultés de lecture touchent une large part des élèves, des voix plaident pour un usage systématique de l’analytique de données, non pour remplacer le regard de l’enseignant, mais pour l’affiner. « Ce qui ne se mesure pas peut difficilement s’améliorer », rappelle un spécialiste cité par le quotidien La Nación, qui insiste sur la nécessité de former des équipes capables de lire pédagogiquement les informations, dans le respect de la vie privée. Au Québec, le constat est plus amer : l’intégration des élèves à besoins particuliers dans les classes ordinaires tourne au « chaos », faute de ressources spécialisées, poussant certains à réclamer des écoles dédiées, à l’image des hôpitaux spécialisés, où des experts travailleraient en synergie.

Ce balancement entre données et humanité trouve un écho inattendu dans la pensée islamique contemporaine. En Indonésie, des intellectuels mobilisent le concept de Hifz al-‘Aql – la préservation de l’intellect, l’un des objectifs supérieurs de la charia – pour alerter contre les « bulles de filtres » et les fausses informations générées par l’intelligence artificielle. À l’heure où les algorithmes façonnent ce que nous voyons, vérifier une source (tabayyun) devient un acte de résistance cognitive. Un défi d’autant plus urgent que, selon les chiffres officiels, près de 4 millions d’enfants indonésiens restent en dehors du système scolaire, et que 23 % des écoles du pays ne sont toujours pas connectées. La data, aussi abondante soit-elle, ne profite qu’à ceux qui savent la lire – et qui ont la possibilité d’y accéder.

Au Bangladesh, la fillette à l’ardoise ne se soucie guère de ces débats. Elle apprend, simplement. Mais son destin rappelle que l’inclusion ne se décrète pas par la seule magie des écrans ou des statistiques. Elle exige des infrastructures, des enseignants formés, et une société qui accepte de regarder autrement ceux qu’elle a longtemps tenus à l’écart. Dans un monde saturé de données, le véritable défi n’est peut-être pas de produire plus de chiffres, mais de ne jamais perdre de vue l’enfant qui, un matin, franchit pour la première fois la porte d’une classe.

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