
Au Mexique, une phrase à l’antenne sur l’empoisonnement des chiens vire au séisme national
Des manifestations devant TV Azteca à une proposition de loi, les mots de Pedro Sola ont cristallisé les tensions autour de la parole publique et du bien-être animal, tandis qu’au Nigeria une autre forme de discours se retrouvait sous le coup de la loi.
Devant les grilles de TV Azteca, ce 16 juillet, une chèvre tenue en laisse côtoie des chiens et des pancartes. Des militants animalistes sont venus remettre un pliego petitorio exigeant des sanctions contre l’émission Ventaneando et son présentateur Pedro Sola. Une activiste, Zyanya Polastri, affirme à la presse que depuis les déclarations de ce dernier, les cas d’empoisonnement d’animaux ont augmenté dans plusieurs États. La scène, captée par les caméras de la chaîne elle-même, donne à voir une colère qui ne retombe pas.
Tout a commencé le 6 juillet, en direct, lorsque Pedro Sola, figure historique du programme people, a lancé qu’il avait « envie de jeter un morceau de viande empoisonnée » aux chiens dans les espaces pet friendly, et de « tirer une balle » à leurs propriétaires. La séquence, d’abord accueillie par des rires en plateau, est devenue virale. Des marques comme Panditas, Trident, Halls et Clorets se sont immédiatement désolidarisées, retirant leur sponsoring. Puis le comédien Eugenio Derbez a publié une vidéo moqueuse jouant sur le nom « Sola », imité par d’autres célébrités et par des entreprises comme Hellmann’s et Lala, qui ont détourné leurs slogans pour railler le présentateur.
Au Mexique, la cause animale a gagné du terrain ces dernières années, avec des lois renforcées contre la maltraitance. Selon des données citées au Congrès de la Ville de Mexico, sept animaux domestiques sur dix y subiraient des violences. Les « perrhijos » sont devenus un phénomène social, et la sensibilité à leur égard est vive. Les propos de Sola ont donc touché un nerf, perçus non comme une boutade mais comme une incitation à la cruauté, dans un pays où l’empoisonnement d’animaux errants reste une pratique répandue.
La députée Elizabeth Mateos Hernández (Morena) a déposé une initiative visant à punir de un à quatre ans de prison quiconque diffuse des messages faisant l’apologie de la maltraitance animale, avec des peines aggravées pour les personnalités publiques. Le Congrès a aussi demandé aux autorités de réviser le contenu de l’émission. TV Azteca, après un premier communiqué jugé timide, a annoncé un programme de sensibilisation interne, lu à l’antenne par Pati Chapoy elle-même, sans toutefois sanctionner Sola. La controverse a révélé un fossé entre l’indignation numérique et la réponse institutionnelle, les excuses du présentateur n’ayant pas apaisé les esprits.
À des milliers de kilomètres, le Sénat nigérian adoptait le même jour un projet de loi punissant d’une amende le prêche ou le colportage à bord des véhicules commerciaux, autre tentative de réguler la parole dans l’espace public. Devant les caméras, la militante mexicaine brandissait son pliego, tandis que la chèvre, impassible, semblait incarner l’étrangeté d’une époque où une phrase peut embraser un pays.
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