
Turquie : l’arrestation d’un humoriste pour ses critiques d’Erdoğan illustre le durcissement de la répression
Deniz Göktaş a été interpellé à l’aéroport d’Istanbul après la diffusion virale d’un spectacle où il qualifiait le président de « dictateur » et ironisait sur le Coran.
Le 2 juillet, le comédien turc Deniz Göktaş a été arrêté au contrôle des passeports de l’aéroport d’Istanbul, à son retour d’un séjour à l’étranger. Le parquet de la ville lui reproche d’avoir « publiquement humilié les valeurs religieuses du pays », un délit passible de six mois à un an d’emprisonnement, et a annoncé l’ouverture d’une enquête pour insulte au président Recep Tayyip Erdoğan. La procédure fait suite à la mise en ligne, le 24 juin, d’un enregistrement de son spectacle Ölü Deniz (« Mer Morte »), visionné près de neuf millions de fois sur YouTube. L’humoriste y évoquait l’évolution d’Erdoğan « de dictateur timide à dictateur assumé », raillait le népotisme familial et commentait l’emprisonnement du maire d’opposition Ekrem İmamoğlu, tout en livrant une lecture satirique des textes sacrés monothéistes.
Les autorités turques justifient l’interpellation par la réception de 185 plaintes de citoyens et par le caractère « pénalement répréhensible » des propos tenus. Selon des sources judiciaires citées par la presse turque, le blocage de certains extraits sur le réseau social X a précédé l’arrestation. Pour les milieux de l’opposition et les défenseurs des libertés publiques, cette affaire s’inscrit dans une stratégie d’intimidation systématique visant à réduire au silence toute voix dissidente. Les médias européens rappellent que, depuis l’accession d’Erdoğan à la présidence en 2014, plus de 160 000 enquêtes pour offense au chef de l’État ont été ouvertes, poussant de nombreux artistes et journalistes à l’autocensure. La date de l’arrestation, qui coïncide avec l’anniversaire du massacre de Sivas en 1993, revêt une portée symbolique particulière pour la communauté alévie dont est issu Göktaş.
L’interpellation du comédien s’ajoute à une série de poursuites récentes contre des figures culturelles et politiques. En avril, l’humoriste Tuba Ulu avait été placée en garde à vue pour une plaisanterie sur le sultan Soliman le Magnifique, tandis que quatre collaborateurs du magazine satirique LeMan sont visés par une procédure pour une caricature religieuse. Parallèlement, la Marche des fiertés du 28 juin à Istanbul a été interdite par les autorités locales au nom de « l’ordre public et de la paix sociale », et 64 militants ont été interpellés. Ces événements interviennent alors que le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, principal rival politique du président, est détenu depuis mai 2025 pour des accusations de corruption et de terrorisme qu’il conteste.
À l’approche d’un sommet de l’OTAN, la multiplication des procédures judiciaires à l’encontre des opposants et des critiques du gouvernement turc est scrutée par les capitales occidentales. La justice turque poursuit également ses actions au-delà des frontières : en Suède, la Cour suprême a récemment bloqué l’extradition d’un résident condamné par contumace à sept ans et demi de prison pour appartenance au mouvement Gülen, classé comme organisation terroriste par Ankara. Deniz Göktaş doit être présenté à un juge dans les prochains jours, qui décidera de son éventuel placement en détention provisoire. L’affaire pourrait accentuer les tensions avec les alliés européens, déjà préoccupés par l’érosion de l’État de droit en Turquie.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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Les médias russes rapportent l'arrestation du comédien turc Deniz Göktaş pour des blagues sur le président et la religion, citant des accusations d'offense aux valeurs religieuses et au chef de l'État, avec une possible peine de prison. La couverture reste factuelle, mentionnant la vidéo YouTube du 24 juin comme déclencheur de l'enquête.
La presse européenne dénonce cette détention comme une atteinte à la liberté d'expression, soulignant que le comédien a osé satiriser ouvertement le président Erdoğan et l'islam. L'arrestation est perçue comme un élément d'une dérive autoritaire plus large, avec des références aux demandes d'extradition de la Turquie et à la persécution des gülenistes.
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