
Ankara exige son intégration dans la défense européenne à l’approche du sommet de l’OTAN
La visite de la cheffe de la diplomatie européenne en Turquie précède un sommet de l’Alliance atlantique où Ankara entend obtenir la levée des restrictions commerciales et l’accès au programme SAFE.
À quelques jours du sommet de l’OTAN prévu les 7 et 8 juillet à Ankara, la Turquie accentue sa pression pour être pleinement intégrée aux initiatives de défense européennes. Selon les déclarations du président Recep Tayyip Erdoğan devant les délégués parlementaires des 32 États membres de l’Alliance, réunis à Istanbul, la participation turque au programme « Action de sécurité pour l’Europe » (SAFE) – un fonds de 150 milliards d’euros destiné à renforcer les capacités industrielles et technologiques de défense du continent – est présentée comme une condition de l’équité au sein de l’alliance. La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, effectue simultanément une visite de deux jours en Turquie, accompagnée des commissaires chargés de l’élargissement et des migrations, illustrant la centralité d’Ankara dans les équilibres sécuritaires régionaux.
Du point de vue turc, l’exclusion actuelle du programme SAFE, qui requiert un accord bilatéral avec l’UE, est perçue comme une anomalie au regard de la contribution militaire du pays. M. Erdoğan a rappelé que la Turquie dispose de la deuxième armée de l’OTAN en effectifs et d’une industrie de défense classée au onzième rang mondial, dont les exportations ont progressé de près de 30 % au cours des cinq premiers mois de l’année. Les capitales européennes, en particulier Paris et Berlin, maintiennent toutefois des réserves, liées notamment à la position turque sur Chypre et aux relations d’Ankara avec Moscou. La Commission européenne, par la voix de son porte-parole, a précisé que les textes juridiques permettent à tout pays tiers de participer à un projet de défense à hauteur de 35 %, mais qu’aucune négociation d’un tel accord n’est en cours avec la Turquie. Mme Kallas, tout en qualifiant la Turquie de « partenaire stratégique » au rôle « très, très important » pour la sécurité européenne, a rejeté l’idée d’une armée européenne autonome, insistant sur la complémentarité entre les armées nationales et la structure de l’OTAN.
Le contexte régional renforce la position turque. La guerre en Ukraine a démontré la valeur des drones de fabrication turque et la nécessité d’une base industrielle de défense diversifiée. Parallèlement, le risque d’un désengagement américain de l’OTAN, évoqué dans les analyses des capitales européennes, pousse l’UE à accélérer la construction d’un pilier européen de défense. Dans ce cadre, Ankara met en avant son rôle de pivot entre la mer Noire, le Caucase et le Moyen-Orient. M. Erdoğan a lié la stabilité régionale à la résolution de la question palestinienne, appelant à la création d’un État palestinien souverain sur les frontières de 1967, tandis que Mme Kallas a réaffirmé le soutien de l’UE à la solution à deux États, tout en dénonçant l’expansion des colonies israéliennes qui, selon ses termes, « rend chaque jour cette solution plus difficile ».
Les prochaines étapes dépendront de la capacité des deux parties à dépasser le blocage chypriote, Athènes menaçant d’opposer son veto à toute inclusion turque dans SAFE. La visite de Mme Kallas vise, selon ses propres déclarations, à examiner « ce que nous pouvons faire ensemble », mais aucun calendrier de négociation d’un accord bilatéral n’a été annoncé. Le sommet de l’OTAN à Ankara sera ainsi le théâtre d’une double dynamique : la consolidation de l’unité affichée de l’Alliance face aux compétiteurs stratégiques, et la renégociation de la place de la Turquie dans l’architecture de sécurité européenne, entre reconnaissance de son poids militaire et persistance de méfiances politiques.
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Les médias iraniens présentent le sommet de l'OTAN comme une énième tribune où la Turquie dénonce le réseau génocidaire israélien et rappelle que l'occupation de la Palestine est la racine de toutes les tensions régionales. Ankara est dépeinte comme un partenaire stratégique indispensable, mais le véritable message est l'attente d'un soutien concret pour stopper les agressions contre le Liban et Gaza. L'intégration dans la défense européenne passe au second plan face à l'urgence morale de mettre fin à l'injustice historique contre les Palestiniens.
Les médias russes mettent en avant l'espoir d'Erdogan de progrès rapides dans le règlement pacifique du conflit ukrainien, en soulignant la nécessité de maintenir la capacité de dissuasion de l'OTAN et la solidarité entre alliés. Le sommet d'Ankara est présenté comme une occasion de relancer le dialogue, la Turquie se positionnant en médiateur pragmatique. La question de l'intégration dans la défense européenne est à peine évoquée, éclipsée par l'urgence d'un cessez-le-feu en Ukraine.
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