
4,28 dollars par jour : le prix d’une assiette saine hors de portée
Selon un rapport de l’ONU, 2,69 milliards de personnes ne peuvent s’offrir une alimentation diversifiée, alors que la faim recule timidement à l’échelle mondiale.
Quatre dollars et vingt-huit cents. C’est le coût quotidien, en parité de pouvoir d’achat, d’un régime alimentaire sain, selon le rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde publié mardi à Rome par cinq agences des Nations unies. Une somme qui paraît modeste, mais qui dépasse le seuil d’extrême pauvreté fixé à 3 dollars par personne. Pour un tiers de l’humanité, soit 2,69 milliards d’individus, cette assiette équilibrée reste un luxe inaccessible. Le chiffre, bien qu’en léger repli par rapport aux années précédentes, dessine une géographie de l’inégalité alimentaire où l’abondance calorique côtoie la précarité nutritionnelle.
La faim chronique, mesurée par la sous-alimentation, a pourtant reculé pour la troisième année consécutive, touchant 7,8 % de la population mondiale en 2025, contre 8,1 % en 2024. Une amélioration portée en grande partie par l’Asie – l’Inde en tête, grâce à des programmes sociaux ciblés et à une productivité agricole accrue – et par l’Amérique latine, où le Brésil est sorti de la carte de la faim pour la deuxième année d’affilée. Mais ce mouvement de repli masque un basculement historique : pour la première fois, l’Afrique compte davantage de personnes sous-alimentées que l’Asie, avec 309 millions d’individus, soit un Africain sur cinq. « Le centre de gravité de la faim s’est déplacé de l’Asie vers l’Afrique », résume David Laborde, directeur de la division de l’économie agroalimentaire à la FAO.
Ce déplacement n’est pas seulement démographique. Il reflète la persistance de fragilités structurelles que les politiques de subvention des céréales de base, privilégiant les calories au détriment de la diversité nutritionnelle, n’ont pas corrigées. En Afrique, 66,6 % de la population ne peut se payer une alimentation saine, soit plus du double du taux observé en Asie ou en Amérique latine. Les infrastructures défaillantes, l’absence de chaînes du froid et les barrières commerciales entre pays voisins renchérissent le prix des denrées périssables – fruits, légumes, viande, produits laitiers –, explique Máximo Torero, économiste en chef de la FAO. Les conflits, du Soudan à la République démocratique du Congo, privent des millions de personnes de leurs terres et de leurs revenus, tandis que les chocs climatiques à répétition fragilisent les récoltes.
Pourtant, le rapport souligne que la disponibilité alimentaire n’est qu’une facette du problème. L’obésité adulte a grimpé de 12,1 % en 2012 à 16,2 % en 2024, et l’anémie chez les femmes s’aggrave. Cent cinquante millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent encore de retard de croissance. Ces chiffres dessinent un monde où la mauvaise alimentation est devenue un fardeau sanitaire global, alimenté par des systèmes agroalimentaires qui peinent à fournir des régimes nutritifs à un coût abordable. La guerre au Moyen-Orient, en perturbant le trafic dans le détroit d’Ormuz et en renchérissant les engrais, fait planer une menace supplémentaire sur des équilibres déjà précaires, sans même évoquer les effets à venir d’un possible phénomène El Niño.
Au terme de ce panorama, une image persiste : celle d’une humanité où, pour la première fois, le nombre de personnes n’ayant pas les moyens de bien manger dépasse largement celui des affamés chroniques. Une fracture qui ne se lit plus seulement en calories manquantes, mais en assiettes déséquilibrées, annonciatrices de maladies non transmissibles. Comme si, à l’heure où la faim recule timidement, l’injustice alimentaire prenait un visage nouveau, plus insidieux, logé au cœur même de l’abondance.
| Presse atlantique / anglosphère | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse africaine subsaharienne | −0.30 | critical |
| Presse européenne continentale | −0.10 | neutral |
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