
L’ultimatum sur les murs : quand la xénophobie sud-africaine fracture les solidarités africaines
Le 30 juin, des groupes de justiciers avaient sommé les migrants de quitter le pays. Les violences qui ont suivi ont rouvert une plaie diplomatique entre l’Afrique du Sud et l’Afrique de l’Ouest.
Sur les murs des townships sud-africains, une date avait été tracée à la hâte, comme une sentence : « 30 juin ». Depuis des semaines, les groupes d’autodéfense Operation Dudula et March and March y avaient inscrit un ultimatum menaçant les migrants irréguliers de s’en prendre à eux s’ils ne quittaient pas le pays avant l’échéance. Le jour venu, les défilés, pour la plupart pacifiques selon la police, n’ont pas dégénéré en bain de sang généralisé, mais des coups de feu ont claqué à Johannesburg et à Durban, des étrangers ont été expulsés de leur logement, et près d’un millier de personnes ont été arrêtées – sans que l’on sache combien parmi elles étaient des manifestants ou des sans-papiers.
Ce qui aurait pu n’être qu’un énième épisode de tension migratoire a basculé dans la crise diplomatique avec la mort de plusieurs ressortissants ouest-africains. Accra affirme que Bashiru Isak, un Ghanéen de 40 ans, a été tué par balle lors des manifestations anti-immigrés à Khayelitsha, dans la banlieue du Cap. Pretoria conteste cette version, assurant qu’aucun décès n’a été enregistré pendant les rassemblements du 30 juin. Le Nigeria, de son côté, déplore la mort de deux de ses citoyens, Musa Yunana Joe et Charles Iroegbu, et sa ministre des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, a déclaré ne voir « aucun signe d’amélioration » de la situation. Les vols d’évacuation se multiplient : environ un millier de Ghanéens ont déjà été rapatriés, et des centaines d’autres attendent leur tour.
Ces violences s’inscrivent dans une longue histoire de xénophobie en Afrique du Sud, où la chasse à l’étranger avait fait plus de soixante morts en 2008. Les ressorts de cette hostilité sont documentés par la presse européenne : un chômage qui frappe un adulte sur trois et plus d’un jeune sur deux, des inégalités parmi les plus criantes de la planète, un réseau électrique défaillant et un parti au pouvoir, l’ANC, englué dans les scandales de corruption. Dans ce contexte, les migrants africains – Zimbabwéens, Mozambicains, Nigérians, Ghanéens – deviennent les boucs émissaires d’une population qui se sent abandonnée par l’État. Le président Cyril Ramaphosa a condamné les violences tout en promettant des expulsions accélérées et le déploiement de trois mille soldats, une posture ambivalente relevée par les analystes italiens, qui y voient une fuite en avant sécuritaire.
La riposte des capitales ouest-africaines ne s’est pas fait attendre. Le Ghana a décliné la visite d’État que le président Ramaphosa devait effectuer début août, officiellement pour éviter que les discussions bilatérales ne soient éclipsées par la question xénophobe. Pretoria a aussitôt nuancé : il ne s’agissait pas d’une visite d’État, mais de la préparation de la troisième session de la Commission binationale Afrique du Sud-Ghana, un simple échange technique. Les deux parties insistent sur le caractère « cordial » de leurs relations, mais le geste ghanéen a été perçu comme un camouflet. Au Nigeria, le Sénat a rejeté les appels à rompre les relations diplomatiques ou à nationaliser les entreprises sud-africaines comme MTN et DStv, mais a exigé des garanties écrites pour la sécurité des Nigérians, l’arrestation des coupables et la constitution d’un registre des victimes en vue de poursuites judiciaires et de compensations.
Au-delà des passes d’armes diplomatiques, c’est une certaine idée de la solidarité panafricaine qui se fissure. Les sénateurs nigérians ont appelé à la création, sous l’égide de l’Union africaine, d’un mécanisme d’alerte précoce et de redevabilité contre les violences xénophobes. Mais sur le terrain, la dynamique est inverse : le mouvement March and March a annoncé qu’il manifesterait désormais chaque jeudi, jusqu’aux élections municipales de novembre. L’ultimatum du 30 juin n’était donc qu’un début. Chaque semaine, les rues sud-africaines rejoueront ce rituel d’exclusion, sous le regard inquiet des diasporas africaines et de chancelleries qui, de Lagos à Accra, peinent à faire entendre la voix de leurs ressortissants.
| Presse européenne continentale | −0.50 | critical |
|---|---|---|
| Presse africaine subsaharienne | −0.80 | critical |
L'Europe continentale dénonce la violence xénophobe et donne la parole aux victimes, critiquant la dérive autoritaire.
En racontant des histoires personnelles de migrants et en soulignant la peur hebdomadaire, elle crée de l'empathie et condamne implicitement les actions des vigiles.
Les réactions diplomatiques des pays africains touchés, comme le refus du Ghana de recevoir Ramaphosa et les évacuations massives, ne sont pas mentionnées.
L'Afrique subsaharienne accuse l'Afrique du Sud de ne pas protéger les migrants et prend des mesures diplomatiques concrètes, comme le refus de la visite d'État et l'organisation d'évacuations.
En rapportant les actions officielles du Ghana et du Nigeria, elle transforme la violence xénophobe en une crise interétatique, légitimant la réponse des pays touchés.
Le fait que la plupart des manifestations (108 sur 120) aient été pacifiques selon la police sud-africaine n'est pas rapporté.
Élargis ton regard
L’aéroport de Palm Beach rebaptisé au nom de Donald Trump : une première pour un président en exercice
7 langues · 21 sources
Depuis Economy & MarketsLes limites des «médicaments miracles»: une méta-analyse tempère l’enthousiasme pour les analogues du GLP-1
4 langues · 9 sources
Depuis TechnologyRussie : face à la pénurie de carburant, le rationnement par plaque d’immatriculation s’étend
2 langues · 9 sources