
Super-héros et monstres d’argile : à San Diego, le Comic-Con dessine les nouveaux visages du cinéma
Entre le retour annoncé de Robert Downey Jr en Docteur Fatalis et la métamorphose de Clayface, les studios redessinent les frontières du blockbuster, tandis qu’un lieu mythique d’Hollywood s’apprête à renaître.
Dans le Hall H du Comic-Con de San Diego, ce samedi de juillet 2026, le silence s’est fait lorsque les premières images d’Avengers: Doomsday ont envahi l’écran géant. Deux ans plus tôt, dans cette même salle, plus de 6 000 spectateurs avaient retenu leur souffle en découvrant Robert Downey Jr, l’interprète historique d’Iron Man, annoncé dans le rôle du Docteur Fatalis. Aujourd’hui, le public a pu voir ce personnage faire face à une assemblée hétéroclite de héros issus de réalités parallèles : les X-Men de la première heure, le Professeur Xavier de Patrick Stewart, Magneto, mais aussi le Gambit de Channing Tatum affrontant Shang-Chi, ou encore un Steve Rogers brandissant à nouveau le marteau Mjölnir. La bande-annonce, dévoilée par les frères Russo, confirme que le multivers n’est plus une promesse lointaine, mais le territoire concret d’un affrontement où se croisent les franchises de la Fox et du Marvel Cinematic Universe.
À quelques encablures de cette grand-messe, DC Studios a choisi un autre registre. La veille de l’ouverture du festival, le studio a diffusé le premier trailer de Clayface, long-métrage indépendant consacré à l’un des antagonistes les plus malléables de Batman. Réalisé par James Watkins et porté par Tom Rhys Harries, le film s’inscrit dans l’univers réaliste initié par Matt Reeves avec The Batman. L’histoire, située chronologiquement entre le film de 2022 et sa suite prévue pour 2028, suit la lente défiguration d’un acteur hollywoodien en échec, Matt Hagen, dont le corps devient une matière instable après l’injection de substances chimiques. Selon le réalisateur, le long-métrage explore « la perte d’identité, l’amour corrosif et le côté obscur de l’ambition scientifique », sans que le Chevalier Noir n’apparaisse physiquement à l’écran. Une approche qui, en Amérique latine comme en Asie du Sud-Est, suscite la curiosité d’un public habitué à des récits plus frontaux.
Cette effervescence autour des figures de la bande dessinée s’accompagne d’un geste symbolique en faveur du patrimoine cinématographique. À Hollywood, le Cinerama Dome, salle mythique à la coupole géodésique de 26 mètres de large, fermée depuis la pandémie de Covid-19, rouvrira ses portes début 2028. Le groupe Alamo Drafthouse, propriété de Sony Pictures Entertainment, a annoncé une restauration minutieuse qui préservera la projection en 70 mm et renoncera au service de restauration en salle, afin de conserver l’expérience immersive originelle. Pour le PDG de Sony, Ravi Ahuja, ce lieu possède « une signification culturelle et une histoire inégalées en tant que destination cinéphile ». Ce retour aux sources physiques du septième art contraste avec la dématérialisation des récits, comme si l’industrie cherchait à ancrer ses univers fictionnels dans des écrins de béton et de lumière.
En coulisses, les architectes de ces mondes imaginaires préparent déjà l’après. Kevin Feige, président de Marvel Studios, a confié que ses équipes planifiaient des films jusqu’en 2042, tout en annonçant qu’Avengers: Secret Wars, prévu pour décembre 2027, marquerait la fin de la saga du Multivers et le début d’un univers « simplifié, plus facile à suivre ». Les X-Men, dont plusieurs adaptations passées « n’ont pas répondu aux attentes » selon ses propres mots, deviendront la colonne vertébrale de la prochaine « Mutant Saga ». Parallèlement, Ryan Reynolds a confirmé lors du Fanatics Fest qu’un nouveau film Deadpool verrait le jour, tout en reconnaissant qu’un quatrième volet solo risquait la répétition. L’acteur-producteur évoque des pistes narratives encore inexploitées, puisées dans les comics de Fabian Nicieza et Gerry Duggan.
Alors que les dates de sortie s’égrènent – Clayface le 22 octobre 2026 au Mexique, Avengers: Doomsday le 17 décembre au Brésil –, une image persiste : celle d’un homme dont le visage se déforme sous l’effet d’une matière argileuse, métaphore d’une industrie qui ne cesse de remodeler ses mythes pour mieux les projeter sur des écrans toujours plus vastes, qu’ils soient courbes ou virtuels.
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