
Salvador : Nayib Bukele verrouille la voie vers un troisième mandat jusqu’en 2033
Le président salvadorien a officialisé sa précandidature pour les élections de 2027, rendue possible par une réforme constitutionnelle éclair qui autorise la réélection indéfinie.
Le président salvadorien Nayib Bukele a formellement inscrit sa précandidature à un troisième mandat consécutif en vue des élections générales de février 2027, a annoncé le parti au pouvoir Nuevas Ideas. Cette démarche, validée par la Commission électorale nationale du parti, s’appuie sur une réforme constitutionnelle adoptée en juillet 2025 par l’Assemblée législative, dominée par la formation présidentielle. Le texte, voté en une seule journée sans débat préalable, a modifié plusieurs articles de la Constitution pour autoriser la réélection présidentielle sans limitation, tout en raccourcissant le mandat en cours et en portant la durée des futurs mandats de cinq à six ans. Le vice-président Félix Ulloa a également déposé sa candidature pour un troisième mandat, laissant présager des primaires sans adversaire le 12 juillet prochain.
Selon les responsables de Nuevas Ideas, cette continuité institutionnelle vise à consolider le « projet de transformation du pays », en capitalisant sur une popularité que les enquêtes d’opinion situent au-dessus de 80 %. Ce soutien est largement attribué, par les instituts de sondage centraméricains, à la stratégie de sécurité dite de « régime d’exception », qui a entraîné une chute de plus de 90 % du taux d’homicides depuis 2022. Toutefois, des analystes de la région soulignent que la demande sociale se déplace progressivement vers les préoccupations économiques, le mécontentement lié au coût de la vie et aux services publics devenant, selon des enquêtes récentes, la principale source d’insatisfaction.
Du point de vue des organisations internationales de défense des droits humains, basées tant en Amérique latine qu’en Europe, la concentration des pouvoirs et la levée des verrous constitutionnels anti-réélection suscitent de vives critiques. La Commission interaméricaine des droits de l’homme et plusieurs ONG européennes ont documenté des violations systématiques dans le cadre de la lutte antigang, ainsi qu’un rétrécissement de l’espace civique. Des chancelleries de l’Union européenne ont exprimé, par voie diplomatique, leur préoccupation face à l’érosion des normes démocratiques, tandis que des juristes francophones d’Afrique et des Caraïbes observent avec attention ce précédent de modification constitutionnelle accélérée, y voyant un possible modèle pour d’autres exécutifs de la région.
La réforme de 2025 a également supprimé le second tour de l’élection présidentielle et synchronisé tous les scrutins à une date unique, ce qui, selon des constitutionnalistes latino-américains, réduit les mécanismes de contre-pouvoir. Si Nayib Bukele remporte le scrutin de 2027, il pourrait gouverner sans interruption jusqu’en mai 2033, totalisant quatorze années à la tête de l’État. Le calendrier électoral prévoit des primaires internes en juillet, suivies d’une campagne qui s’ouvrira dans un climat de sécurité amélioré mais de tensions croissantes autour de la soutenabilité économique et de l’état de droit.
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