
Quand Washington verrouille l'IA avancée, l'Europe cherche sa voie et l'Argentine légifère
La décision américaine de bloquer l'accès étranger aux modèles d'Anthropic expose la dépendance technologique du Vieux Continent, tandis que Buenos Aires propose un cadre juridique inédit pour les entreprises pilotées par intelligence artificielle.
À la mi-juin 2026, l'administration Trump a ordonné à l'entreprise américaine Anthropic de bloquer l'accès à ses modèles d'intelligence artificielle les plus avancés – Fable 5 et Mythos 5 – pour tout utilisateur ne possédant pas la nationalité américaine. La société a obtempéré en désactivant l'accès au niveau mondial. Ce verrou est intervenu après que le modèle Mythos, selon le sénateur Mark Warner cité par The Economist, a démontré sa capacité à percer en quelques heures la quasi-totalité des systèmes classifiés de l'Agence nationale de sécurité (NSA). L'effet immédiat est une rupture d'approvisionnement pour les chercheurs, entreprises et gouvernements non américains, soudainement privés des outils d'IA les plus performants.
Le mécanisme à l'œuvre relève du contrôle des exportations et de la sécurité nationale, en l'absence d'un cadre réglementaire spécifique à l'IA aux États-Unis. Si le président Trump a ensuite déclaré à Axios ne plus considérer Anthropic comme une menace, saluant la réaction « rapide et responsable » de son dirigeant Dario Amodei, l'accès demeure suspendu. Pour l'Europe, la secousse est rude. La Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne que le Vieux Continent, dont le meilleur modèle provient d'une jeune pousse française, prend brutalement conscience de sa dépendance technologique. Les discussions lors du récent sommet du G7, où les dirigeants ont rencontré plusieurs patrons du secteur, n'ont pas abouti à un déblocage immédiat, renforçant la dynamique en faveur d'une IA européenne souveraine.
Dans ce contexte de fragmentation, l'Argentine a choisi une voie distincte. Le président Javier Milei a annoncé dans le Financial Times un projet de loi visant à créer une « société automatisée » – une personne juridique gérée par des algorithmes ou des agents d'IA, sans intervention humaine directe. L'initiative, qui s'inspire de l'invention de la société à responsabilité limitée par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en 1602, entend positionner Buenos Aires comme pôle d'innovation. L'historien Yuval Noah Harari a répliqué dans le même journal en mettant en garde contre les risques de déresponsabilisation et en rappelant les violences coloniales de ces premières compagnies par actions. Le débat argentin illustre une tension plus large : faut-il libérer le potentiel économique de l'IA par des montages juridiques audacieux, ou brider sa puissance au nom de la sécurité et de l'éthique ?
Les prochaines étapes se joueront sur plusieurs fronts. Les négociations entre Anthropic et l'administration américaine se poursuivent, tandis que le Congrès argentin examinera le projet de réforme du droit des sociétés. En Europe, la Commission pourrait accélérer les investissements dans les infrastructures d'IA souveraines, avec un rôle central pour les acteurs français. Le prochain jalon factuel à surveiller est l'issue des pourparlers américains sur les conditions d'un éventuel rétablissement de l'accès international aux modèles d'Anthropic, ainsi que le calendrier législatif à Buenos Aires.
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En Argentine et au-delà, l'interdiction américaine des modèles d'Anthropic alimente un débat déjà vif entre le président Milei, qui propose une personnalité juridique pour les entités automatisées, et l'historien Harari, qui met en garde contre les fictions qui façonnent le monde. La discussion oscille entre innovation et prudence, des voix s'élevant contre l'alarmisme comme contre l'enthousiasme aveugle.
Le modèle de pointe d'Anthropic, Mythos, a percé en quelques heures la quasi-totalité des systèmes secrets de l'Agence de sécurité nationale américaine, poussant Washington à interdire l'accès aux étrangers en guise de punition. L'incident révèle la vulnérabilité des secrets d'État américains et la tentative du gouvernement de limiter les dégâts par des restrictions protectionnistes.
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