
Quand la dépendance devient menace : du Ghana au Bangladesh, les sociétés civiles sonnent l’alerte
Entre médicaments importés, drogues illicites et addiction numérique, des voix s’élèvent pour réclamer souveraineté sanitaire et résilience communautaire.
Sous les lustres du palais de Manhyia, à Kumasi, le président de la Société pharmaceutique du Ghana a pris la parole devant une assemblée de dignitaires et de professionnels de santé. Ce jour-là, à l’occasion du 90e anniversaire de l’institution, Paul Owusu Donkor n’a pas célébré un passé glorieux mais a lancé un avertissement : la dépendance du pays aux médicaments importés est devenue « une question de sécurité nationale ». Dans un Ghana qui ne produit que 30 % de ses besoins pharmaceutiques, chaque rupture de la chaîne d’approvisionnement mondiale expose la population à des pénuries aux conséquences directes sur la survie des patients. Le pharmacien a appelé à un investissement massif pour atteindre 70 % de production locale, transformant le pays en plaque tournante ouest-africaine du médicament.
Cette inquiétude sanitaire s’inscrit dans un paysage plus large de fragilité des systèmes de santé africains. Le ministère ghanéen des Finances, par la voix de son conseiller technique Theo Acheampong, a reconnu que la baisse de l’aide publique au développement oblige désormais l’État à « financer ses propres priorités ». L’Association chrétienne de santé du Ghana (CHAG), qui assure près de 40 % des services de soins avec seulement 7 % des infrastructures, est présentée comme un partenaire indispensable pour maintenir l’accès aux soins dans les zones rurales. Pourtant, le défi ne se limite pas aux infrastructures : la prolifération des médicaments falsifiés, dénoncée par la Société pharmaceutique, alimente l’antibiorésistance et tue chaque année plusieurs milliers de Ghanéens, en particulier dans les communautés mal desservies où les vendeurs illégaux comblent le vide laissé par l’absence de pharmaciens.
À des milliers de kilomètres de là, au Bangladesh, c’est une autre forme de dépendance qui mobilise la société civile. À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus de drogues, le 26 juin, des chaînes humaines se sont formées devant les clubs de presse de Kurigram, Bagerhat, Faridpur et Comilla. Les banderoles brandies par les militants de la Prothom Alo Trust et des amis de la culture locale ne se contentaient pas de slogans : elles portaient l’écho d’une colère grandissante face à l’impuissance des autorités. À Comilla, la veille, un élève de sixième année, Ethan Ahmed, avait été criblé de balles lors d’un affrontement entre trafiquants. « Le gouvernement change, mais le commerce et la consommation de drogue ne changent pas », a lancé un responsable de la société civile à Faridpur, résumant un sentiment de fatalité que seule une « guerre déclarée par l’État » pourrait, selon les orateurs, briser. Une étude menée par l’Université des études professionnelles d’Accra dans la municipalité de La Nkwantanang-Madina, au Ghana, a révélé que 45 % des jeunes de 15 à 35 ans ont déjà consommé une substance à des fins récréatives, l’alcool arrivant en tête, suivi du cannabis, du tramadol et des sirops codéinés. Le quartier de Madina affiche un taux de prévalence de 73,5 %, faisant figure d’épicentre d’une crise qui, selon les chercheurs, exige des interventions ciblées plutôt que des campagnes uniformes.
Cette quête d’autonomie face aux dépendances ne se limite pas aux substances. À Dacca, lors d’une séance de conseil organisée par la même fondation, la professeure Farzana Rahman, de l’Institut national de santé mentale, a mis en garde contre une « addiction numérique » qui, en exposant les enfants à des comparaisons incessantes avec des vies idéalisées à l’étranger, entrave leur développement psychologique. Ce constat fait écho aux stratégies d’entreprises technologiques qui, sur le continent africain, tentent de réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales. La société sud-africaine Qrent promeut ainsi l’informatique circulaire – reconditionnement d’équipements, recyclage responsable – comme une réponse à la fois à la pression sur les coûts, aux exigences de reporting ESG et à la vulnérabilité logistique. De même, le géant chinois CHINT, lors du salon Intersolar Europe à Munich, a présenté ses solutions de réseaux électriques résilients pour l’ère de l’intelligence artificielle, misant sur des transformateurs à semi-conducteurs et des disjoncteurs statiques pour stabiliser des infrastructures énergétiques de plus en plus sollicitées.
Au carrefour de ces récits, une même image revient : celle d’un enfant pris entre les feux croisés des trafiquants à Comilla, ou d’un adolescent ghanéen de Madina dont le refus de la pression des pairs s’effrite face à l’omniprésence des substances. La dépendance, qu’elle soit pharmaceutique, toxicologique ou numérique, dessine une géographie de la vulnérabilité où les appels à la « souveraineté » sanitaire et à la résilience communautaire se répondent d’un continent à l’autre, sans jamais tout à fait se rejoindre.
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La dépendance aux médicaments importés constitue une menace pour la sécurité nationale. Il est urgent de porter la production locale à 70 % pour protéger la santé publique. L'abus de substances chez les jeunes aggrave encore la vulnérabilité sociale.
La toxicomanie est une maladie sociale et étatique qui exige une guerre déclarée. La dépendance numérique entrave le développement sain des enfants. Seuls un effort collectif et une mobilisation culturelle peuvent libérer la société.
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