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Société & Culturelundi 22 juin 2026

Paternités plurielles : du ghaf émirati aux doutes des cadres kényans

En cette Journée mondiale du père 2026, des Émirats au Kenya en passant par le Ghana et le Nigeria, les sociétés célèbrent, interrogent et redéfinissent le rôle paternel.

Dans une salle d’Abou Dhabi, sous le patronage de la cheikha Moza bint Suhail, un père se lève et raconte. Il évoque ses trois fils, tous atteints de troubles du spectre autistique, et les années de patience, d’amour et d’entêtement qui ont jalonné leur parcours. L’assistance, réunie par la campagne « Souris… ton sourire suffit à les rendre heureux », écoute ce témoignage où chaque progrès des enfants se lit comme une victoire familiale. La banderole qui coiffe l’estrade donne le ton : « Les pères des personnes déterminées… le ghaf des Émirats et les faiseurs d’impact ». Le ghaf, arbre résistant du désert capable de verdir dans l’aridité, devient ici la métaphore d’une paternité qui transforme l’adversité en enracinement.

Cette célébration ne surgit pas dans un vide institutionnel. Aux Émirats arabes unis, l’année 2026 a été décrétée « Année de la famille », et les politiques publiques placent délibérément le père au cœur de l’édifice social. Un fonds de dotation d’un milliard de dirhams, le « Waqf al-Ab », permet à chacun de contribuer, au nom de son propre père, au financement de soins pour les plus démunis. Parallèlement, un label de qualité distingue les entreprises qui aménagent des environnements de travail favorables aux parents, tandis que la législation continue d’évoluer pour garantir un équilibre entre responsabilités professionnelles et présence auprès des enfants. Le legs du cheikh Zayed, figure du père fondateur, imprègne cette architecture : la puissance publique émiratie considère le père comme un partenaire de la construction nationale, dépositaire de valeurs et de stabilité.

À plusieurs milliers de kilomètres, en Afrique de l’Ouest, la reconnaissance de la paternité emprunte des chemins plus communautaires et spirituels. Au Ghana, des responsables religieux et parlementaires ont profité de la même Journée du père pour exhorter les hommes à élever leurs enfants « dans la crainte de Dieu », condition, selon eux, d’un développement national vertueux. Le révérend Vincent Dakpo, président du Conseil local des Églises de Kadjebi, a mis en garde contre l’érosion de l’autorité parentale, qu’il lie à la montée de l’indiscipline et des addictions chez les jeunes. Au Nigeria, un groupe chrétien, Men of Valour, a publié une liste de dix « Modèles de paternité exemplaire » où voisinent un milliardaire ayant soutenu les vocations artistiques de ses filles, un pasteur à la vie familiale stable, un ancien footballeur devenu père célibataire après un deuil, un ingénieur survivant de la polio ou encore un amiral à la retraite engagé dans le développement communautaire. L’initiative, appelée à être reconduite chaque année, entend moins sacraliser des individus que rendre visibles des itinéraires de résilience et d’intégrité.

Au Kenya, la parole sur la paternité se fait plus intime, presque anxieuse. Interrogés par le Business Daily Africa, des chefs d’entreprise confessent que l’art d’être père échappe aux logiques de performance qui gouvernent leur vie professionnelle. Le professeur Busalile Jack Mwimali, secrétaire général du Conseil de l’éducation juridique, résume ce vertige : « Malgré ma réussite comme parent, mes enfants peuvent quand même échouer. Et malgré mes échecs, ils peuvent réussir. » Vivant à Nairobi tandis que sa famille est restée à Dar es-Salaam, il décrit l’absence comme une hantise, surtout pour sa fille, et confie que chaque enfant exige une grammaire affective distincte, rebelle aux manuels. Derrière la réussite matérielle, affleure la crainte de n’avoir pas su transmettre le désir de l’effort à une génération qui n’a pas connu la privation.

De ce tour d’horizon se dégage une figure paternelle éclatée, tiraillée entre la célébration officielle, l’injonction morale, l’exemplarité publique et le doute privé. Au moment où le père émirati de trois enfants autistes se rassied sous le regard de la cheikha, son récit a déjà fait résonner une certitude simple : derrière chaque personne en situation de handicap qui avance, il y a la foi d’une famille et l’appui inébranlable d’un père. Une image qui, du ghaf du désert aux tours de verre de Nairobi, rappelle que la paternité se joue d’abord dans l’épaisseur des jours ordinaires.

Comment la même histoire est racontée ailleurs.

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Presse du Golfe arabePresse africaine subsaharienne
Presse du Golfe arabe
TriomphePaternalismePragmatisme

Aux Émirats arabes unis, la fête des pères devient un hommage aux pères de personnes déterminées, dont la patience et la foi dans les capacités de leurs enfants sont saluées comme le socle d'histoires de réussite inspirantes. Les politiques de l'État placent le père au cœur de la législation familiale, favorisant l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et les valeurs communautaires, le tout dans la perspective de l'Année de la famille 2026.

Presse africaine subsaharienne/ Anglophone
PaternalismePragmatismeScepticisme

Au Ghana, au Nigeria et au Kenya, la fête des pères suscite des appels à élever les enfants dans des valeurs morales et religieuses, pilier du développement national. Tandis que certains célèbrent des milliardaires et des figures cléricales comme modèles de paternité bienveillante, d'autres réfléchissent à la manière dont la vraie paternité défie la logique d'entreprise, exigeant humilité et improvisation.

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lundi 22 juin 2026

Paternités plurielles : du ghaf émirati aux doutes des cadres kényans

En cette Journée mondiale du père 2026, des Émirats au Kenya en passant par le Ghana et le Nigeria, les sociétés célèbrent, interrogent et redéfinissent le rôle paternel.

Dans une salle d’Abou Dhabi, sous le patronage de la cheikha Moza bint Suhail, un père se lève et raconte. Il évoque ses trois fils, tous atteints de troubles du spectre autistique, et les années de patience, d’amour et d’entêtement qui ont jalonné leur parcours. L’assistance, réunie par la campagne « Souris… ton sourire suffit à les rendre heureux », écoute ce témoignage où chaque progrès des enfants se lit comme une victoire familiale. La banderole qui coiffe l’estrade donne le ton : « Les pères des personnes déterminées… le ghaf des Émirats et les faiseurs d’impact ». Le ghaf, arbre résistant du désert capable de verdir dans l’aridité, devient ici la métaphore d’une paternité qui transforme l’adversité en enracinement.

Cette célébration ne surgit pas dans un vide institutionnel. Aux Émirats arabes unis, l’année 2026 a été décrétée « Année de la famille », et les politiques publiques placent délibérément le père au cœur de l’édifice social. Un fonds de dotation d’un milliard de dirhams, le « Waqf al-Ab », permet à chacun de contribuer, au nom de son propre père, au financement de soins pour les plus démunis. Parallèlement, un label de qualité distingue les entreprises qui aménagent des environnements de travail favorables aux parents, tandis que la législation continue d’évoluer pour garantir un équilibre entre responsabilités professionnelles et présence auprès des enfants. Le legs du cheikh Zayed, figure du père fondateur, imprègne cette architecture : la puissance publique émiratie considère le père comme un partenaire de la construction nationale, dépositaire de valeurs et de stabilité.

À plusieurs milliers de kilomètres, en Afrique de l’Ouest, la reconnaissance de la paternité emprunte des chemins plus communautaires et spirituels. Au Ghana, des responsables religieux et parlementaires ont profité de la même Journée du père pour exhorter les hommes à élever leurs enfants « dans la crainte de Dieu », condition, selon eux, d’un développement national vertueux. Le révérend Vincent Dakpo, président du Conseil local des Églises de Kadjebi, a mis en garde contre l’érosion de l’autorité parentale, qu’il lie à la montée de l’indiscipline et des addictions chez les jeunes. Au Nigeria, un groupe chrétien, Men of Valour, a publié une liste de dix « Modèles de paternité exemplaire » où voisinent un milliardaire ayant soutenu les vocations artistiques de ses filles, un pasteur à la vie familiale stable, un ancien footballeur devenu père célibataire après un deuil, un ingénieur survivant de la polio ou encore un amiral à la retraite engagé dans le développement communautaire. L’initiative, appelée à être reconduite chaque année, entend moins sacraliser des individus que rendre visibles des itinéraires de résilience et d’intégrité.

Au Kenya, la parole sur la paternité se fait plus intime, presque anxieuse. Interrogés par le Business Daily Africa, des chefs d’entreprise confessent que l’art d’être père échappe aux logiques de performance qui gouvernent leur vie professionnelle. Le professeur Busalile Jack Mwimali, secrétaire général du Conseil de l’éducation juridique, résume ce vertige : « Malgré ma réussite comme parent, mes enfants peuvent quand même échouer. Et malgré mes échecs, ils peuvent réussir. » Vivant à Nairobi tandis que sa famille est restée à Dar es-Salaam, il décrit l’absence comme une hantise, surtout pour sa fille, et confie que chaque enfant exige une grammaire affective distincte, rebelle aux manuels. Derrière la réussite matérielle, affleure la crainte de n’avoir pas su transmettre le désir de l’effort à une génération qui n’a pas connu la privation.

De ce tour d’horizon se dégage une figure paternelle éclatée, tiraillée entre la célébration officielle, l’injonction morale, l’exemplarité publique et le doute privé. Au moment où le père émirati de trois enfants autistes se rassied sous le regard de la cheikha, son récit a déjà fait résonner une certitude simple : derrière chaque personne en situation de handicap qui avance, il y a la foi d’une famille et l’appui inébranlable d’un père. Une image qui, du ghaf du désert aux tours de verre de Nairobi, rappelle que la paternité se joue d’abord dans l’épaisseur des jours ordinaires.

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Presse du Golfe arabe
TriomphePaternalismePragmatisme

Aux Émirats arabes unis, la fête des pères devient un hommage aux pères de personnes déterminées, dont la patience et la foi dans les capacités de leurs enfants sont saluées comme le socle d'histoires de réussite inspirantes. Les politiques de l'État placent le père au cœur de la législation familiale, favorisant l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et les valeurs communautaires, le tout dans la perspective de l'Année de la famille 2026.

Presse africaine subsaharienne/ Anglophone
PaternalismePragmatismeScepticisme

Au Ghana, au Nigeria et au Kenya, la fête des pères suscite des appels à élever les enfants dans des valeurs morales et religieuses, pilier du développement national. Tandis que certains célèbrent des milliardaires et des figures cléricales comme modèles de paternité bienveillante, d'autres réfléchissent à la manière dont la vraie paternité défie la logique d'entreprise, exigeant humilité et improvisation.

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