
Manouchehr Farid, l’acteur iranien qui joua sa vie en exil
Disparu à Melbourne à 89 ans, le comédien de la Nouvelle Vague iranienne, banni après la révolution pour sa foi baha’ie, n’a jamais cessé d’incarner le rôle muet de l’absence.
Un soir de la fin des années 1950, à Téhéran, un jeune homme tout juste sorti de scène voit s’avancer vers lui Ebrahim Golestan et Forough Farrokhzad. Ils viennent d’assister à une représentation des *Morts sans sépulture* de Sartre, montée par la troupe de l’Administration des arts dramatiques. La poétesse et le cinéaste cherchent des visages pour un film en gestation, *Khacht o Ayeneh* (La Brique et le Miroir). Cette nuit-là, Golestan invite chez lui le comédien, avec deux autres débutants nommés Jamshid Mashayekhi et Mohammad Ali Keshavarz, pour une première lecture. Manouchehr Farid a vingt ans passés, il ne le sait pas encore, mais il vient de poser le pied sur un chemin qui fera de lui l’un des interprètes les plus singuliers de la Nouvelle Vague iranienne.
Né en 1936 dans une Téhéran encore marquée par les derniers feux de l’époque qadjare, Farid s’est formé à l’école exigeante de Hamid Samandarian, qui lui apprend à se défaire des intonations ampoulées du théâtre persan d’alors pour chercher une diction naturelle, presque quotidienne. Cette attention au grain de la voix, à la vérité du geste, le conduit naturellement vers le cinéma de Bahram Beyzai, dont il devient l’un des acteurs fétiches. Dans *Ragbar* (L’Averse), il prête ses traits à Agha Rahim, un boucher fruste et amoureux, personnage que le public iranien n’oubliera plus. Le rôle aurait pu n’être qu’une silhouette de méchant de quartier ; Farid y glisse une humanité rugueuse, une pudeur qui transforme le récit en une rencontre inattendue entre deux solitudes. Il retrouvera Beyzai pour *Gharibeh va Meh* (L’Étranger et la Brume), *Kalagh* (Le Corbeau) et surtout *Cherike-ye Tara* (La Ballade de Tara), où il incarne l’Homme historique, figure mythique surgie de la mer Caspienne, amoureuse et déracinée.
La carrière de Farid, intense et brève, s’interrompt brutalement en 1979. La révolution islamique instaure un ordre nouveau qui ne tolère pas les baha’is dans l’espace public, et encore moins sur les écrans. Après avoir achevé le tournage de *Miras-e man jonoun* (Mon héritage, la folie) de Mehdi Fakhimzadeh, il quitte l’Iran en février 1980, d’abord pour les États-Unis, puis pour l’Australie. Il ne rejouera plus jamais. À Melbourne, il travaille dans l’industrie textile, loin des caméras, et confiera plus tard qu’il a vécu l’exil comme un rôle au long cours, non plus sur les planches mais dans le théâtre silencieux du quotidien. Un projet avorté hante les mémoires : *Ayyar-e Tanha* (Le Chevalier solitaire), que Beyzai avait écrit pour lui. Le producteur exigea que le rôle principal fût confié à Behrouz Vossoughi, star commerciale de l’époque ; Beyzai déchira le contrat, et le film ne vit jamais le jour.
La nouvelle de sa mort, le 3 juillet 2024, a ravivé en Iran le souvenir d’un acteur dont le nom reste indissociable de l’âge d’or du cinéma d’auteur persan. Les hommages parus dans la presse en exil et sur les réseaux sociaux rappellent moins une filmographie qu’une présence, une manière de faire exister les silences et les regards. Dans un enregistrement tardif, la voix brisée, Farid laissait échapper : « Vous ne savez pas quelle poussière ils ont jetée sur ma tête… quel cœur ils ont brisé en moi. » Cette plainte, arrachée après des décennies de retenue, dit la douleur d’un homme qui avait fait de la scène sa patrie, et qui dut apprendre à habiter l’absence comme on habite un personnage.
| Presse iranienne et apparentée | +0.50 | aligned |
|---|---|---|
| Presse atlantique / anglosphère | −0.60 | critical |
| Presse européenne continentale | 0.00 | neutral |
We Iranians honor Manuchehr Farid as a pillar of our cultural identity, a man of the sea who gave voice to the new wave.
Epic and sacred language is used, associating the artist with national and religious values, turning a cultural event into an act of resistance.
Criticism of the regime and personal controversies that could tarnish Farid's heroic image are omitted.
We denounce the regime's instrumental use of Farid to divert attention from its atrocities.
A parallel is drawn between the celebration of Farid and the regime's violence, creating a moral opposition that invalidates any positive aspect.
Farid's genuine artistic contributions and the historical context of the Iranian new wave are omitted.
We observe the Farid case as an example of how cultural memory is constructed in authoritarian contexts.
An academic tone is adopted, generalizing the case to a broader category of 'memory construction', reducing political specificity.
Immediate human rights implications and criticism of the regime are omitted to maintain neutrality.
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