
Le pouvoir taliban brise les smartphones de ses fonctionnaires pour verrouiller l’information
Une directive draconienne, entrée en vigueur fin juin, punit tout usage de téléphone intelligent par la destruction de l’appareil et des sanctions islamiques, faisant craindre une extension à l’ensemble de la société afghane.
Fin juin, les tribunaux militaires du régime taliban ont émis un ordre interdisant l’usage des smartphones à tous les fonctionnaires, des hauts responsables aux simples employés de service, en passant par les combattants « moudjahidines ». La sanction est immédiate et spectaculaire : l’appareil est fracassé sur place, et le contrevenant s’expose à des poursuites pénales et à des peines conformes à la charia. Seule une autorisation écrite du guide suprême, Hibatullah Akhundzada, peut déroger à la règle. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent un responsable lire le décret depuis son propre téléphone tandis qu’un autre brise des appareils, scène qui illustre la brutalité de la mise en œuvre.
Selon des analystes afghans, cette mesure répond à deux préoccupations majeures du pouvoir : la fuite d’informations confidentielles et la baisse de productivité des agents. De nombreux fonctionnaires photographiaient des documents classifiés ou enregistraient des réunions, diffusant leur contenu avant même les annonces officielles. La hiérarchie talibane reprochait aussi à ses cadres de passer leur temps à « faire défiler des contenus sur leur téléphone » au lieu de travailler. Mais au-delà de ces justifications internes, le décret vise également à contrôler la circulation des nouvelles relatives aux protestations populaires, dans un contexte de mécontentement croissant.
L’inquiétude dépasse le cercle des fonctionnaires. Dans certaines provinces, comme à Hérat, la confiscation des smartphones touche déjà des femmes, des civils, des enseignants et des étudiants, selon des témoignages relayés par la presse taïwanaise. Les observateurs occidentaux redoutent que cette interdiction ne soit qu’un ballon d’essai avant une généralisation à l’ensemble de la population. Le précédent de septembre 2023, où une coupure totale d’Internet pendant deux jours – officiellement pour lutter contre la pornographie et les « comportements immoraux » – avait paralysé l’économie, les transports aériens et les services d’urgence, avant d’être levée sous la pression du secteur privé et des équipes de sécurité intérieure, montre que le régime est capable de mesures extrêmes de déconnexion.
Pour les chancelleries européennes, cette nouvelle restriction technologique confirme la dérive répressive d’un régime qui, depuis son retour au pouvoir en 2021, a systématiquement réduit les libertés, notamment celles des femmes. L’isolement numérique de l’Afghanistan, s’il se confirme, compliquerait encore les canaux d’aide humanitaire et de dialogue diplomatique, déjà ténus. Les diasporas afghanes, notamment au Canada et en France, s’alarment de voir leur pays d’origine s’enfoncer dans une logique d’obscurantisme qui rappelle les années 1990. À terme, la guerre contre les smartphones pourrait bien devenir le symbole d’un pouvoir qui, pour garder le contrôle, choisit de briser les outils de la modernité plutôt que d’en négocier l’usage.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
2 groupes éditoriaux · 5 langues
Le régime taliban a imposé une interdiction totale des smartphones pour les fonctionnaires, des hauts responsables aux simples moudjahidines. Les contrevenants verront leurs appareils détruits et subiront des châtiments chariaques. Des analystes y voient un possible prélude à des restrictions plus larges sur la société.
Les talibans ont interdit les smartphones aux fonctionnaires et les détruisent en public. L'interdiction vise tous les échelons, des cadres supérieurs aux simples employés, pour stopper les fuites et contrôler les protestations. On craint que cette mesure ne s'étende à l'ensemble de la population.
Articles liés
Washington et Téhéran scellent une trêve précaire sous la menace des bombes
10 langues · 50 sources
ÉconomieTrump et l’Iran signent un armistice : le brut dégringole, les doutes persistent
6 langues · 21 sources
SportCristiano Ronaldo, un monument encombrant pour le Portugal ?
5 langues · 16 sources