
Le crépuscule du multiculturalisme australien : Hanson cible l’islam et les travailleurs sous les huées
L’irruption d’une bannière hostile au National Press Club et une enquête policière ont éclipsé le discours de Pauline Hanson, révélant les fractures d’une société tentée par le repli identitaire.
L’adresse très attendue de Pauline Hanson au National Press Club de Canberra, le 17 juin, a viré à la démonstration de force et au psychodrame sécuritaire. Alors que la cheffe de One Nation, désormais donnée favorite dans les intentions de vote pour 2028, déroulait un réquisitoire contre le multiculturalisme et l’immigration musulmane, une banderole hostile s’est déployée derrière elle, accusant la sénatrice d’avoir refusé une hausse du salaire minimum tout en s’octroyant une augmentation de 100 000 dollars. L’incident, revendiqué par le groupe militant GetUp, a immédiatement été qualifié d’atteinte à la sûreté parlementaire par l’entourage de Hanson, tandis que le club de la presse présentait ses excuses et saisissait la police fédérale australienne.
Au-delà du happening militant, le discours fleuve de plus de cinquante minutes a permis à la dirigeante d’extrême droite de dévoiler un programme de rupture radicale. Fidèle à ses obsessions des années 1990, lorsqu’elle alertait contre le « péril asiatique », Hanson a recentré ses attaques sur l’islam « radical » et les locuteurs non anglophones, coupables selon elle de saper l’identité nationale. « Nous ne pouvons pas être une société multiculturelle. Nous sommes une société multiraciale, mais nous devons être monoculturels », a-t-elle martelé, reprenant un crédo nativiste qui trouve des échos familiers dans les discours de Marine Le Pen en France ou de Geert Wilders aux Pays-Bas. La presse arabophone, citée par Hespress, a relevé la virulence de ces charges contre l’islam, y voyant une nouvelle illustration de la normalisation des rhétoriques xénophobes dans les démocraties occidentales.
Au-delà de la guerre culturelle, Hanson a esquissé un agenda économique résolument antisocial. Aux côtés de son nouveau porte-parole aux finances, l’ancien vice-Premier ministre Barnaby Joyce, transfuge du Parti national, One Nation préconise de faciliter le licenciement des « travailleurs paresseux » et de réduire les droits syndicaux pour soulager les petites entreprises. Cette alliance contre-nature entre le populisme identitaire et le libéralisme dérégulateur, analysée par la presse australienne, pose la question d’un pacte électoral avec la Coalition conservatrice. Si certains libéraux rêvent d’un « travaillisme main dans la main » avec One Nation pour renverser le gouvernement, l’hypothèse fracture le centre-droit et inquiète les milieux économiques modérés.
L’irruption de GetUp, avec sa bannière accusatrice, a paradoxalement renforcé le narratif victimaire de Hanson. Son chef de cabinet, James Ashby, a dénoncé une « compromission de la sécurité » et exigé l’exclusion à vie des militants du Press Club. L’enquête policière en cours, confirmée par la police de l’ACT, illustre la tension croissante entre la liberté d’expression revendiquée par les activistes et la protection des espaces institutionnels. Pour les observateurs européens, cet épisode rappelle les perturbations ciblant les meetings du Rassemblement National, où la stratégie de la provocation alimente une spirale de victimisation et de répression.
À l’approche des élections de 2028, la montée de One Nation redessine le paysage politique australien. Le parti, qui a déjà percé en Australie-Méridionale et dans la circonscription de Farrer, capitalise sur le rejet des élites et la précarité économique. Mais comme le soulignent les éditorialistes, le tableau dépeint par Hanson – abolition d’agences fédérales, retrait des instances internationales, démantèlement des protections climatiques – dessine une « image laide » d’un pays refermé sur lui-même. Reste à savoir si l’électorat, séduit par la promesse de rupture, mesurera le coût d’une monoculture autoritaire dans une nation bâtie sur les vagues migratoires successives.
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Pauline Hanson a utilisé son premier discours au National Press Club pour dénoncer le multiculturalisme, la science du climat et les diffuseurs publics, tandis qu'un militant de GetUp déployait une banderole l'accusant d'hypocrisie sur les salaires. L'incident est perçu comme le signe d'une vague de droite montante en Australie, le populisme de longue date de Hanson trouvant désormais un écho plus large.
La cheffe de One Nation, Pauline Hanson, a déclaré que l'Australie devait devenir monoculturelle, imputant la pénurie de logements et la hausse des loyers à l'immigration. La déclaration a été rapportée sans commentaire éditorial, en se concentrant sur sa logique politique.
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