
La guerre aux cartels s’embrase : entre coopération inédite et interventions directes américaines
L’élimination d’El Mencho au Mexique et du Niño Guerrero au Venezuela illustre un durcissement de la lutte antidrogue sous pression de Washington, avec des répercussions continentales.
L’opération mexicaine ayant conduit, le 22 février dernier, à la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du puissant Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), marque un point de bascule dans la coopération sécuritaire entre Mexico et Washington. La responsable américaine de la politique antidrogue, Sara Carter, a révélé que les renseignements américains avaient partagé des informations décisives avec les forces spéciales mexicaines, qui sont « allées les chercher ». Une collaboration inédite, qui contraste avec les années de méfiance sous la présidence de López Obrador, et que la Maison Blanche lie ouvertement à la pression exercée par Donald Trump. Cette inflexion se lit aussi dans les chiffres : sous Claudia Sheinbaum, les saisies maritimes de cocaïne par la Marine mexicaine ont bondi de 4,6 fois par rapport au début du mandat précédent, atteignant 72 tonnes en moins de deux ans, fruit d’un renforcement des patrouilles navales et de la surveillance aérienne coordonnée avec des agences internationales.
Au sud, l’administration Trump a franchi un seuil supplémentaire en menant une frappe militaire directe au Venezuela, éliminant Héctor Rusthenford Guerrero, « El Niño Guerrero », leader du Tren de Aragua, une organisation classée terroriste par Washington. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a qualifié cette opération de « belle chose militaire » et annoncé son extension dans le cadre du programme « Escudo de las Américas », visant à pourchasser et détruire les cartels en Amérique centrale et du Sud. L’Équateur et le Guatemala sont cités comme des partenaires potentiels de cette coalition. Pour des observateurs latino-américains, cette extra-territorialité assumée, accompagnée de vidéos de bombardements diffusées par le président Trump, ranime le spectre d’un interventionnisme hégémonique, tout en suscitant des questions inconfortables en Colombie, où la lutte antidrogue est depuis longtemps militarisée sous l’égide de Washington.
L’étau se resserre également sur les structures de commandement. Les agences américaines ont documenté pendant près d’une décennie les activités d’Audias Flores Silva, « El Jardinero », successeur pressenti d’El Mencho au CJNG, suivant à la trace ses camions, ses flux financiers et ses itinéraires de contrebande vers les États-Unis. Si sa capture n’est pas encore officielle, ce patient travail de renseignement illustre une stratégie d’encerclement à long terme. Parallèlement, les forces de l’ordre locales, comme à Playas de Rosarito en Basse-Californie, continuent d’arrêter des opérateurs du Cartel de Sinaloa, témoignant d’un front intérieur toujours actif. Le centre d’analyse InSightCrime souligne que le trafic de cocaïne se fragmente en de multiples factions, une atomisation qui complique la réponse tout en offrant des cibles plus exposées.
Pour les chancelleries européennes et les capitales africaines, cette escalade n’est pas sans conséquences. Une part significative de la cocaïne à destination de l’Europe transite par l’Amérique du Sud et les Caraïbes avant d’atteindre les ports d’Afrique de l’Ouest. L’intensification des opérations américaines pourrait, à court terme, perturber ces routes et déplacer les flux vers des axes moins surveillés, comme le Sahel ou les Balkans. À plus long terme, la stratégie de frappes ciblées et de « décapitation » des cartels, expérimentée en Colombie et aujourd’hui généralisée du Mexique au Venezuela, risque d’accélérer la recomposition des groupes criminels en réseaux plus diffus, adaptés à une guerre de l’ombre qui ne saurait se gagner par les seules armes.
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L'élimination d'«El Mencho» porte un coup décisif au cartel qui a ensanglanté le pays. L'État mexicain a montré sa capacité à frapper au cœur du narcotrafic avec des saisies record sans céder aux pressions étrangères, confirmant le cap de la Quatrième Transformation.
La mort d'«El Mencho» marque un tournant dans la narco-guerre, mais les analystes avertissent d'une violente lutte de succession. L'opération, appuyée par les agences américaines et ponctuée de saisies sans précédent, ouvre une phase d'urgence maximale : la fragmentation du cartel pourrait déclencher une nouvelle vague de violence.
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