
L’Europe du Nord en quête de remèdes contre l’absentéisme, entre réformes et crispations politiques
La proposition du chancelier Merz d’imposer un certificat médical dès le premier jour d’arrêt maladie a cristallisé un débat qui traverse l’Allemagne, la Scandinavie et au-delà, mêlant productivité, protection sociale et montée des extrêmes.
Le gouvernement fédéral allemand a relancé, par la voix du chancelier Friedrich Merz, un projet de durcissement des règles d’arrêt maladie : obligation de présenter un certificat médical en personne dès le premier jour d’absence, et suppression de la prescription téléphonique. Présentée comme une mesure de compétitivité face à un absentéisme jugé excessif, cette initiative a immédiatement suscité une levée de boucliers syndicale et médicale, tout en ravivant un débat plus large sur les cultures nationales de l’arrêt de travail en Europe du Nord.
Selon les données de l’OCDE, les travailleurs allemands s’absentent en moyenne 3,5 semaines par an, un chiffre inférieur à celui de la France (4,1 semaines), de la Belgique (3,9), de la Finlande (4,8) ou de la Norvège (5,7). Face à ces écarts, les exécutifs scandinaves expérimentent des dispositifs alternatifs. En Norvège, où les prestations représentent 8 % du PIB, le gouvernement a introduit en avril un système de « congé maladie gradué » : le médecin doit désormais préciser la part d’activité que le salarié peut conserver, et sa rémunération est inversement proportionnelle à la durée d’arrêt prescrite. En Suède, le débat porte sur la suppression du jour de carence, défendue par les sociaux-démocrates et la confédération syndicale LO au nom de l’équité entre télétravailleurs et salariés de terrain, mais combattue par le patronat et une partie de la presse économique, qui invoquent l’exemple norvégien pour mettre en garde contre une dérive des coûts et des comportements.
En Allemagne, la proposition Merz se heurte à une double contestation. Du côté des partenaires sociaux, le ministre du Travail social-démocrate s’est publiquement désolidarisé de la mesure, tandis que le président de l’aile travailliste de la CDU, Dennis Radtke, a mis en garde contre une stigmatisation des salariés malades. Les associations de médecins généralistes, de leur côté, redoutent un engorgement des cabinets pour des consultations qu’elles jugent souvent inutiles. Une étude de la fédération des caisses d’assurance maladie d’entreprise (BKK) vient par ailleurs relativiser le diagnostic officiel : les arrêts de courte durée pèsent peu dans les comptes, alors que les pathologies longues – musculo-squelettiques et psychiques –, qui représentent plus d’un quart des jours d’absence et 21,6 milliards d’euros de dépenses annuelles, constituent le véritable poste de coût.
Ce débat sur l’absentéisme s’inscrit dans un climat politique allemand marqué par la poussée de l’extrême droite. Le congrès d’Alternative für Deutschland (AfD) à Erfurt a reconduit Alice Weidel à la co-présidence, avec des sondages nationaux autour de 30 % et des pointes à 41 % dans les Länder de l’Est où des élections régionales sont prévues en septembre. La perspective d’une victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt ou en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale fragilise le « cordon sanitaire » (Brandmauer) maintenu par les partis démocratiques, certains élus chrétiens-démocrates locaux n’excluant plus des coopérations ponctuelles. Dans ce contexte, la réforme des arrêts maladie, perçue par une partie de l’électorat comme une marque d’autorité, pourrait devenir un marqueur identitaire pour une droite conservatrice en quête de différenciation, tandis que le gouvernement de coalition peine à dégager une majorité sur ce dossier avant les prochaines échéances électorales.
| Presse atlantique / anglosphère | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | −0.60 | critical |
Germany fights absenteeism with drastic measures, but tax cuts are insufficient to revive the economy.
Uses war-like language to create urgency and justify reforms, while downplaying social criticisms.
They omit the rise of the AfD and social criticisms of the reform, focusing only on the economic aspect.
Merz's reform is a political failure that fuels the far right, while real structural problems are ignored.
Links the health reform to the crisis of trust and the rise of the AfD, turning a technical issue into a symptom of democratic decay.
They do not discuss the potential economic benefits of the reform nor the absenteeism data that justify it.
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