
L’UE autorise la fusion Paramount-Warner sous conditions, les États-Unis temporisent
Bruxelles a donné son feu vert à l’acquisition de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, moyennant des concessions sur la distribution en Europe, tandis qu’une juge fédérale américaine suspend l’opération.
La Commission européenne a approuvé, mercredi, le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance pour 110 milliards de dollars, tout en imposant des mesures correctrices destinées à préserver la concurrence dans la distribution cinématographique au sein de l’Espace économique européen. L’enquête menée par les services de concurrence de Bruxelles a conclu que la production de films ne posait pas de problème, compte tenu de la présence d’autres studios majeurs et indépendants. En revanche, la concentration des canaux de distribution par l’intermédiaire de la coentreprise United International Pictures (UIP), détenue avec Universal, a été jugée excessive. Paramount s’est donc engagé à céder sa participation dans UIP sous treize mois et à ne conclure aucun nouvel accord de distribution conjointe avec Universal pendant dix ans.
L’aval européen contraste avec la situation américaine. Saisie par une coalition de douze États menée par la Californie, une juge fédérale d’Oakland a émis lundi une ordonnance restrictive temporaire de quatorze jours, suspendant de fait la finalisation de la fusion. Les plaignants, qui dénoncent une atteinte à la concurrence dans l’exploitation en salles et la télévision câblée, ont obtenu la fixation d’une audience au 3 août pour examiner une éventuelle injonction préliminaire. Le département de la Justice avait pourtant donné son accord en juin, créant une situation juridique à plusieurs vitesses.
Au Royaume-Uni, l’Autorité de la concurrence et des marchés poursuit son propre examen, tandis que le secrétaire d’État à la Culture a fait part de ses préoccupations quant à la diversité des médias. Le syndicat des scénaristes américains (WGA) s’oppose également au projet, estimant que la nouvelle entité disposerait d’un pouvoir de négociation excessif face aux créateurs. Plus largement, des professionnels du cinéma européens et américains ont exprimé leurs craintes pour l’emploi et la production indépendante.
Les conséquences financières d’un retard sont considérables : si l’opération n’est pas bouclée au 30 septembre, Paramount devra verser aux actionnaires de Warner une pénalité d’environ 7 millions de dollars par jour. L’incertitude pèse sur le cours de Warner, dont l’écart avec le prix d’offre de 31 dollars par action s’est creusé. La prochaine échéance déterminante sera donc l’audience du 3 août en Californie, qui pourrait soit libérer la voie à la plus grande concentration de l’histoire d’Hollywood, soit l’enliser dans une longue bataille judiciaire.
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