
El Niño 2026 : l'Amérique latine face à un possible « Super Niño » historique
Les prévisions d'un épisode intense mobilisent gouvernements et agences onusiennes, entre risques de sécheresse, inondations et perturbations agricoles.
L'épisode El Niño qui se consolide dans le Pacifique équatorial s'annonce comme l'un des plus puissants jamais enregistrés. Les agences onusiennes – l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) – ont lancé un appel conjoint pour des financements supplémentaires, tandis que l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) évalue à 63 % la probabilité d'un événement très fort entre novembre et janvier. Selon les météorologues brésiliens de Metsul, une nouvelle vague de chaleur océanique pourrait faire basculer le phénomène dans la catégorie « Super Niño », le rapprochant des épisodes dévastateurs de 1997-1998 et 2015-2016.
Au Mexique, la canícula – cette période estivale de chaleur extrême et de raréfaction des pluies – risque d'être portée à des niveaux records, faisant craindre des sécheresses sévères et des tensions sur les ressources en eau. En Colombie, les autorités du Norte de Santander appellent les municipalités à formaliser leurs conventions avec les corps de pompiers et à décourager les brûlis incontrôlés, anticipant une multiplication des feux de forêt. Ces recommandations, qui insistent aussi sur l'hydratation et la gestion des déchets, illustrent la vulnérabilité des zones andines et caribéennes face aux extrêmes climatiques.
Au Brésil, le gouvernement fédéral a installé une salle de situation interministérielle réunissant vingt ministères sous la coordination de la Casa Civil. L'objectif est de préparer les réponses aux désastres annoncés, dans un pays où les impacts varieront fortement selon les régions. Le Nord et le Nordeste devraient subir un temps sec et une chaleur accablante, tandis que le Sud, notamment le bassin du Rio de la Plata, serait exposé à des précipitations abondantes et à des inondations. La région de Campinas, dans l'État de São Paulo, se trouve dans une zone de transition : au nord, la sécheresse ; au sud, les pluies excessives, avec des conséquences directes sur la santé publique et les factures d'électricité.
En Argentine, le secteur agricole perçoit dans El Niño une opportunité de reconstituer les rendements après plusieurs années de déficit hydrique. Mais les techniciens de l'Institut national de technologie agricole (INTA) préviennent que l'excès d'eau peut rapidement se traduire par des inondations et des pertes productives si les infrastructures de drainage et les calendriers de semis ne sont pas adaptés. La Cuenca del Plata, cœur de la production céréalière, est particulièrement exposée à ce basculement brutal entre sécheresse et surabondance.
Au-delà de l'Amérique latine, les répercussions pourraient déstabiliser les marchés mondiaux des matières premières agricoles, avec des conséquences pour les pays francophones d'Afrique dépendants des importations alimentaires. La communauté internationale, encore marquée par les crises climatiques récentes, est appelée à renforcer les mécanismes de prévention et d'adaptation. L'épisode à venir testera la résilience des infrastructures et la capacité des États à protéger leurs populations les plus exposées, dans un contexte où le changement climatique amplifie la fréquence et l'intensité de ces phénomènes naturels.
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