
Commémorations à Nice : dix ans après l’attentat, l’Europe face à la mutation de la menace djihadiste
Le 14 juillet 2016, un camion-bélier lancé sur la promenade des Anglais faisait 86 morts et plus de 400 blessés, un mode opératoire qui a durablement transformé la sécurisation de l’espace public européen.
Dix ans jour pour jour après l’attaque au camion-bélier qui a ensanglanté la promenade des Anglais, le président Emmanuel Macron a présidé mardi à Nice une cérémonie d’hommage aux 86 victimes et à leurs proches. « Nous n’avons oublié aucun nom, aucun visage », a déclaré le chef de l’État, qui n’était revenu dans la ville qu’une seule fois, en 2017, pour les premières commémorations. Le maire de Nice, Éric Ciotti, a pour sa part dénoncé « ce que l’islamisme a jeté sur nous », reprenant une rhétorique de confrontation directe avec l’idéologie ayant inspiré le tueur, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans radicalisé de manière autonome.
Selon des travaux de recherche publiés en France, la chute territoriale de l’État islamique n’a pas entraîné la disparition de l’idéologie qui l’animait. La chercheuse Héloïse Heuls, associée au Conservatoire national des arts et métiers, analyse que le djihadisme s’est réinventé en ciblant un public jeune et connecté, perpétuant la doctrine de l’attaque à l’arme improvisée théorisée dès les années 2000 et promue par le porte-parole de l’EI, Abou Mohamed al-Adnani. L’attentat de Nice, revendiqué par l’organisation deux jours plus tard, s’inscrit dans cette séquence où l’acte individuel inspiré remplace l’opération planifiée, un glissement que le ministre français de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, avait qualifié de « typologie nouvelle ».
La presse allemande souligne que ce mode opératoire a profondément modifié le visage des villes européennes. Depuis 2016, les marchés de Noël, fêtes de rue et rassemblements populaires sont systématiquement protégés par des blocs de béton, des bornes escamotables et des barrières mobiles, que certains surnomment « pierres Merkel » ou « barrières de Nice ». En Allemagne, où un attentat similaire au camion-bélier a frappé le marché de Noël de la Breitscheidplatz à Berlin en décembre 2016, les autorités ont renforcé les contrôles d’accès et la présence de policiers lourdement armés, tandis que plusieurs communes ont dû annuler des fêtes traditionnelles faute de pouvoir financer les dispositifs de sécurité exigés.
Du côté italien, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a rendu hommage aux six ressortissants italiens ou italo-américains tués dans l’attaque, affirmant que « la leçon de Nice est que la liberté est plus forte que la peur ». Rome a réaffirmé sa pleine solidarité avec la France et sa détermination à combattre « toutes les formes de terrorisme » par une coopération toujours plus étroite entre institutions et forces de sécurité des deux pays. Cette position s’inscrit dans un contexte européen où, selon l’observatoire Hexagone, la France reste le pays le plus touché par les attentats islamistes depuis 2012, avec près de 300 morts et 58 attaques recensées, loin devant l’Allemagne. Le procès des huit complices de l’auteur de l’attentat, condamnés en 2022 à des peines allant de deux à dix-huit ans de prison, a clos le volet judiciaire, mais la vigilance antiterroriste demeure au cœur des politiques publiques, alors que les commémorations se poursuivent jusqu’à mercredi sur la Côte d’Azur.
| Presse européenne continentale | −0.60 | critical |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | 0.00 | neutral |
L'Europe continentale se souvient et analyse : l'attentat de Nice a changé nos villes pour toujours, et le djihadisme se réinvente. Nous n'oublions pas les victimes, mais nous regardons l'avenir avec détermination.
La commémoration devient un prétexte pour une analyse à long terme, reliant l'événement aux transformations urbaines et idéologiques, créant un sentiment de menace persistante et universelle.
L'Amérique latine rend hommage aux victimes de Nice, sans entrer dans les détails de l'attaque ou de ses conséquences. Le souvenir est sobre et détaché.
En se limitant à un récit factuel, la presse latino-américaine évite tout positionnement, maintenant une neutralité qui n'alimente pas les débats internes.
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