
L’Iran cible les «planques» américaines et un centre de données Amazon au Moyen-Orient
Alors que les représailles iraniennes s’étendent au Bahreïn, à la Jordanie et au Koweït, les Gardiens de la révolution ordonnent aux civils de s’éloigner à 500 mètres des cachettes présumées de l’armée américaine.
Dans une escalade verbale et cinétique inédite, le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) a intimé vendredi aux habitants des pays du Moyen-Orient hébergeant des troupes américaines de s’éloigner d’au moins 500 mètres des «planques» ou «résidences secrètes» utilisées par les militaires américains, tout en revendiquant la destruction d’un centre de données du géant Amazon au Bahreïn. Selon un communiqué relayé par plusieurs médias d’État iraniens et repris par les agences régionales, l’IRGC affirme que de nombreux officiers et soldats américains auraient abandonné leurs bases principales par crainte de frappes de précision, pour se fondre dans des bâtiments civils en zone urbaine.
Pour Téhéran, cette mise en garde publique, exceptionnelle par sa forme, vise à exposer une supposée militarisation américaine des espaces civils, alors même que les forces américaines sont accusées par l’Iran de cibler délibérément des infrastructures non militaires sur le sol iranien — ponts, embarcadères, embarcations, voies ferrées. Le discours officiel iranien martèle que toute installation ou base utilisée par Washington pour mener des attaques contre l’Iran est une cible légitime, justifiant ainsi la vague de tirs de drones et de missiles lancée en riposte aux bombardements américains qui, depuis plusieurs jours, ont frappé sept provinces iraniennes et causé au moins 55 morts et 645 blessés selon le ministère de la Santé.
Les frappes iraniennes de la 27e vague de l’opération Nasr-2 ont particulièrement visé le Bahreïn, où l’IRGC affirme avoir détruit ce qui restait de l’infrastructure de données d’Amazon, présentée comme un nœud clé du traitement de renseignement pour le Pentagone via le programme Joint Warfighting Cloud Capability (JWCC). Les Gardiens de la révolution revendiquent également des attaques contre des dépôts de carburant, des hangars et des casernements sur la base aérienne Sheikh Isa au Bahreïn, ainsi que contre les bases d’Al-Azraq en Jordanie et d’Ali Al Salem au Koweït, y compris les camps Udairi, Hoda et Arifjan. Aucune confirmation indépendante n’a émané du Commandement central américain (CENTCOM), ni de Bahreïn ou de la Jordanie, bien que le Koweït ait reconnu l’activation de ses défenses aériennes.
Cette séquence illustre une double dynamique : un élargissement géographique du conflit, des marges littorales du sud de l’Iran vers les États arabes du Golfe et le Levant, et une bataille informationnelle où l’IRGC tente de rejeter la responsabilité des pertes civiles sur le mode opératoire américain. En appelant explicitement les populations à signaler tout mouvement suspect de soldats américains via un compte Telegram ou un site dédié, Téhéran cherche à impliquer les opinions publiques arabes et à saper la légitimité des présences militaires occidentales. Le silence de Washington et des capitales régionales laisse pour l’heure la situation dans un épais brouillard, alors que l’IRGC promet la poursuite de ses «actions punitives».
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