
Derrière le sarcasme iranien, le bras de fer sur l’utilisation des fonds dégelés
Téhéran rejette l’idée que ses avoirs débloqués servent à acheter des produits agricoles américains, ravivant la défiance historique entre les deux pays.
Le négociateur en chef iranien et président du Parlement, Mohammad Bagher Qalibaf, a opposé jeudi une fin de non-recevoir cinglante aux déclarations américaines selon lesquelles les avoirs iraniens en voie de dégel seraient affectés à l’achat de produits agricoles en provenance des États-Unis. Dans un message publié sur le réseau social X, il a ironisé : « La seule récolte que nous engrangeons est celle que vous avez semée : des décennies de méfiance. » Une formule qui, au-delà de la rhétorique, traduit la volonté de Téhéran de conserver la maîtrise de l’usage de ces fonds.
Du côté américain, l’exécutif a multiplié les interventions pour préciser le mécanisme envisagé. Le vice-président J. D. Vance avait affirmé que les actifs débloqués pourraient servir à acquérir du soja, du maïs et du blé américains. Le président Donald Trump a ensuite détaillé qu’une première tranche d’environ 500 millions de dollars, strictement supervisée par le Trésor américain, transiterait par le Qatar et serait utilisée pour payer directement les agriculteurs américains, sans que Téhéran ne reçoive de liquidités. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a confirmé que des fonctionnaires américains seraient déployés à Doha pour contrôler l’emploi des sommes, présentées comme destinées à l’achat de nourriture et de médicaments pour le peuple iranien.
La réplique iranienne s’inscrit dans un contentieux plus large. Selon les milieux proches des négociations à Téhéran, l’accord-cadre signé électroniquement le 18 juin par le président iranien Massoud Pezeshkian et son homologue américain, sous médiation pakistanaise, ne comporte aucune obligation d’achat de produits américains. Les responsables iraniens insistent sur le fait que les fonds dégelés – estimés à plusieurs milliards de dollars – doivent être dépensés selon les seules priorités nationales, loin de toute « dictée extérieure ». La référence aux « décennies de méfiance » renvoie explicitement à l’histoire des sanctions unilatérales et au gel des avoirs iraniens, perçus dans la région comme un levier de pression permanent de Washington.
L’accord en quatorze points prévoit la levée de l’ensemble des sanctions, y compris celles adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies, et la mise à disposition intégrale des fonds bloqués. Sa mise en œuvre, qui débute à peine, se heurte donc à des interprétations divergentes sur la destination des sommes. Les observateurs européens notent que le mécanisme de supervision via le Qatar, s’il est confirmé, pourrait servir de précédent pour de futurs dégels d’avoirs, mais qu’il ravive aussi les sensibilités souverainistes à Téhéran. Le dossier reste ouvert : la première tranche de décaissement est attendue dans les prochaines semaines, tandis que les deux capitales campent sur des positions qui, pour l’heure, semblent irréconciliables.
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Les responsables iraniens rejettent avec sarcasme les affirmations américaines selon lesquelles les avoirs dégelés devraient être dépensés pour des produits agricoles américains. Ils rétorquent que la seule récolte issue des années de politique américaine est une méfiance profonde, tandis que les États-Unis n'offrent que du soja transgénique, des promesses non tenues et des paroles sans valeur.
Le négociateur en chef iranien a nié que les fonds iraniens dégelés seraient utilisés pour acheter des produits agricoles américains, contredisant les déclarations des responsables américains. Les États-Unis avaient affirmé qu'une part importante des avoirs libérés serait consacrée à la nourriture et aux médicaments américains, mais Téhéran insiste sur le fait qu'il décidera de manière indépendante comment dépenser cet argent.
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