
Déficits commerciaux et budgétaires : le retour des fragilités dans les pays émergents
De l’Indonésie au Brésil en passant par le Maroc et la Colombie, les comptes extérieurs et publics se dégradent simultanément, ravivant les craintes sur la soutenabilité des trajectoires de dette.
En mai 2026, l’Indonésie a enregistré son premier déficit commercial mensuel en six ans (1,61 milliard de dollars), tandis que le déficit budgétaire indien atteignait 9,6 % de l’objectif annuel en seulement deux mois et que le déficit commercial marocain se creusait de 20,8 % sur un an. Ces détériorations simultanées, auxquelles s’ajoutent les alertes structurelles lancées au Brésil et en Colombie, marquent un tournant après une période de résilience post-pandémique. L’effet immédiat se traduit par une pression renouvelée sur les devises, les rendements obligataires et les marges de manœuvre des économies émergentes.
Les causes communes associent une envolée des importations d’énergie et de matières premières – visible au Maroc comme en Indonésie –, un tassement de la demande mondiale pour certains produits d’exportation et des rigidités de dépenses intérieures. En Inde, la forte baisse des droits d’accise sur les carburants a amputé les recettes fiscales alors que les dépenses d’investissement accéléraient. Au Brésil, les projections du Trésor montrent que même avec des hypothèses optimistes – croissance du PIB supérieure à 2,5 %, taux d’intérêt réel ramené à 3 % – le résultat primaire restera sous le plancher de la cible à partir de 2028, les prestations sociales et les retraites progressant plus vite que les recettes. La Colombie fait face à un besoin de financement équivalant à 54,5 % de son budget 2026, avec des rentrées fiscales inférieures de 32 000 milliards de pesos aux prévisions, ce qui imposerait une coupe de plus de 27 000 milliards de pesos.
En Asie, la Banque d’Indonésie s’engage à stabiliser la roupie par des interventions, à renforcer le rapatriement des devises d’exportation et à élargir les transactions en monnaies locales, tandis que le gouvernement indien s’appuie sur un dividende record de la banque centrale pour masquer temporairement la faiblesse des revenus. En Amérique latine, l’alerte du Trésor brésilien a déplacé le débat sur la campagne présidentielle : l’opposition propose un plafonnement constitutionnel du ratio dette/PIB, le camp au pouvoir envisage un ajustement plus modéré après les élections. Le contrôleur général colombien prévient que le prochain exécutif héritera d’un déficit structurel et d’un service de la dette absorbant déjà 47 % du budget, laissant peu de place à l’investissement. En Afrique du Nord, les exportations automobiles et aéronautiques marocaines amortissent partiellement le choc, mais le taux de couverture est tombé à 57 % et l’excédent des services ne compense pas le déficit des marchandises.
La convergence de ces tensions budgétaires et extérieures place le second semestre 2026 sous étroite surveillance. Les prochaines étapes incluent la présentation des budgets révisés en Inde et en Colombie, la mise en œuvre des mesures de stabilisation de Bank Indonesia, ainsi que les élections présidentielles au Brésil, qui détermineront le rythme et la nature de la consolidation. Pour l’ensemble de ces économies, la capacité à traverser les mois à venir sans déclencher de crise de confiance dépendra de signaux crédibles, en particulier sur la maîtrise des dépenses obligatoires et la diversification des recettes d’exportation.
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L'Indonésie a enregistré en mai 2026 son premier déficit commercial en six ans, les importations ayant dépassé les exportations. La banque centrale s'est engagée à renforcer la résilience extérieure par une coordination des politiques avec le gouvernement. Le ton est celui d'une inquiétude mesurée, mettant l'accent sur les mesures proactives pour maintenir une croissance durable.
Le déficit budgétaire de l'Inde a atteint 9,6 % de l'objectif annuel au cours des deux premiers mois de l'exercice, soit douze fois plus qu'à la même période l'an dernier. Cela malgré un transfert record d'excédent de la banque centrale, ce qui soulève des doutes sur la capacité du gouvernement à atteindre ses objectifs budgétaires. Le cadrage suggère un scepticisme quant à la gestion des finances publiques.
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