
Décès de l’ancien émir du Qatar : les condoléances internationales dessinent une carte des alliances
La disparition de Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani a suscité une mobilisation diplomatique de haut niveau, du Maghreb au Golfe, révélant la densité des liens personnels et stratégiques entretenus par Doha.
L’ancien émir du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, père de l’émir actuel Tamim ben Hamad Al Thani, est décédé dimanche à l’âge de 74 ans, plongeant le pays dans un deuil officiel de quatre jours. Dès lundi, le palais de Lusail a ouvert ses portes pour trois journées de recueillement, donnant lieu à un ballet diplomatique ininterrompu. Le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, s’est rendu sur place porteur d’un message du roi Mohammed VI, tandis que le président algérien Abdelmadjid Tebboune adressait un télégramme soulignant le rôle de « bâtisseur » du défunt. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont opté pour des appels téléphoniques de leurs dirigeants, Mohamed ben Zayed Al Nahyane et le prince héritier Mohammed ben Salmane. Les monarchies voisines ont dépêché leurs princes héritiers : le Koweïtien Sabah Khaled al-Hamad al-Sabah et le Bahreïni Salman ben Hamad Al Khalifa ont fait le déplacement, de même que le prince héritier d’Ajman, Ammar ben Humaid al-Nuaimi. Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, le président rwandais Paul Kagamé et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont également présenté leurs condoléances en personne.
Selon des analystes du Golfe, cette mobilisation dépasse le simple protocole funéraire. Cheikh Hamad, qui avait abdiqué en 2013 en faveur de son fils, est considéré comme l’architecte de la modernisation accélérée du Qatar et de sa projection internationale, notamment via le fonds souverain QIA et la chaîne Al Jazeera. Les messages de condoléances ont d’ailleurs mis l’accent sur cet héritage : le président Tebboune a évoqué « un leader arabe reconnu pour sa sagesse et tout ce qu’il a apporté aux causes arabes », tout en rappelant les « liens forts » tissés avec l’Algérie lors de ses visites répétées. Le ministre libanais de l’Intérieur, Ahmed al-Hajjar, a pour sa part salué « son amour pour le Liban et son empressement à le soutenir dans les moments difficiles », une allusion aux aides financières et aux investissements qataris dans le pays du Cèdre.
La chorégraphie des hommages offre une lecture des équilibres régionaux actuels, selon des sources diplomatiques maghrébines. La présence du chef du gouvernement marocain, et non du seul ministre des Affaires étrangères, traduit la solidité des relations personnelles entre le roi Mohammed VI et l’émir Tamim, ce dernier ayant publiquement exprimé sa « fierté des liens fraternels » qui les unissent. Le choix de Riyad de passer par un appel du prince héritier, plutôt qu’un déplacement, est interprété par des observateurs européens comme le signe d’une normalisation encore prudente après la levée du blocus imposé au Qatar entre 2017 et 2021. La venue des princes héritiers koweïtien et bahreïni, ainsi que de la délégation d’Ajman, confirme en revanche la solidarité intra-Golfe dans les moments de deuil, au-delà des divergences passées. La présence de dirigeants africains et asiatiques rappelle enfin le rôle de Doha comme plateforme de médiation et d’investissement, du Rwanda au Pakistan en passant par le Liban.
Les cérémonies se poursuivent jusqu’à mercredi soir, après les prières de l’isha, et devraient voir affluer d’autres responsables. Au-delà des formules religieuses et des marques de compassion, ces échanges sont scrutés par les chancelleries comme autant de signaux sur l’état des relations bilatérales. La période de deuil national, marquée par la mise en berne des drapeaux, s’achèvera jeudi, mais les messages de soutien continueront probablement d’affluer, chaque capitale mesurant le niveau de sa représentation à l’aune de ses intérêts stratégiques avec Doha.
| Presse arabe Levant-Maghreb | +0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse du Golfe arabe | +0.20 | neutral |
Le Maroc, le Liban et l'Arabie saoudite parlent comme des frères en deuil, affirmant la solidarité de la nation arabe.
En invoquant constamment le langage de la fraternité et des liens personnels, le bloc naturalise l'alliance politique comme un lien familial.
Le bloc omet toute mention des tensions passées entre le Qatar et certains de ces pays (par exemple le blocus mené par l'Arabie saoudite) qui pourraient compliquer le récit d'une fraternité sans faille.
Les Émirats arabes unis parlent comme un frère et allié, exprimant des condoléances personnelles et renforçant les liens étroits entre les deux États du Golfe.
En mettant l'accent sur l'appel téléphonique direct et la visite personnelle, le bloc personnalise les relations étatiques, faisant apparaître la diplomatie comme une question d'affection personnelle.
Le bloc omet tout contexte géopolitique plus large ou critique du Qatar, se concentrant uniquement sur la relation positive.
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