
Argentine : salaires en hausse, mais une économie duale fragilise la confiance
Malgré un sursaut des revenus réels en avril, la dégradation de l'emploi formel et les tensions sur le peso nourrissent le scepticisme à l’approche des échéances électorales.
Tandis que la consommation agrégée bat des records en Argentine, le marché du travail raconte une tout autre histoire : au premier trimestre 2025, le nombre de postes salariés déclarés dans le secteur privé a reculé de 167 000 sur un an, et l’informalité touche désormais 44,2 % des actifs. Ce découplage entre croissance du produit intérieur brut et emploi formel – une anomalie historique – se double d’une mutation structurelle. Selon des travaux repris par la presse économique de Buenos Aires, l’activité est portée par les filières énergétiques, minières et agro-industrielles, tandis que l’industrie manufacturière a perdu 13 % de sa production et que la construction s’effondre. L’économie argentine apparaît ainsi scindée en deux, les secteurs compétitifs à l’export prospérant sur fond de change apprécié, alors que les branches tournées vers le marché intérieur subissent à la fois l’austérité monétaire et la concurrence des importations.
L’embellie salariale d’avril – +1,4 % en termes réels pour les salariés privés enregistrés –, la première depuis août 2024, ne suffit pas à effacer le recul accumulé : le pouvoir d’achat demeure inférieur de 3,5 % à son niveau de novembre 2023. La Fondation Capital souligne que ce regain est aussitôt compromis par la flambée des tarifs des services publics, dont le poids dans le budget des ménages a doublé depuis le changement de gouvernement, atteignant 10,8 % du salaire moyen. Pour les foyers modestes, la ponction dépasse 22 % des revenus. Ce „effet ciseaux“ explique pourquoi la reprise statistique ne se traduit ni en bien-être perçu, ni en dynamique de consommation de masse, qui reste atone.
Dans ce paysage, la stabilité du change est le pilier de la désinflation, mais elle devient source de crispation. Le peso s’est apprécié en termes réels, si bien qu’une partie de la City et des économistes proches du président Milei, comme Orlando Ferreres, jugent le dollar „bon marché“ et anticipent une dolarisation rampante des portefeuilles. La Banque centrale, tout en proclamant un régime de flottement, intervient sur le marché à terme et via des obligations dollar-linked pour contenir la volatilité, alors même que les achats nets de devises par l’institut d’émission ont fondu. À Wall Street, certains analystes plaident pour un change plus élevé, quitte à accepter un sursaut inflationniste temporaire, à l’image de l’Uruguay voisin.
Le Brésil, autre poids lourd du Cône Sud, n’échappe pas à ces vents contraires : après quatre mois de progression, la production industrielle y a reculé de 0,2 % en mai, surprise qui reflète autant l’essoufflement des filières extractives et agroalimentaires que le frein exercé par les taux d’intérêt élevés sur l’industrie de transformation. Dans les deux géants du Mercosur, le crédit au secteur privé reste anémique, plombé par la montée des impayés – la morosité atteint 12,1 % pour les prêts aux ménages argentins.
Dans ce contexte, les projets d’investissement productif restent en suspens. Le véritable verrou, de l’aveu même des experts argentins, est politique : les échéances électorales de 2027 conditionnent la confiance des détenteurs de capitaux. Comme le résume Orlando Ferreres, „si l’on a confiance dans la continuité de la politique économique, on est sauvés ; sinon, il y a un problème“. La trajectoire de l’inflation, la soutenabilité de la dette et la capacité du gouvernement à conserver un cap libéral seront scrutées d’ici là comme autant de signaux pour les marchés.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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The Argentine peso's 6.5% slide tests Milei's disinflation architecture. Local press portrays an imminent stress test with mixed signals: wages show modest recovery, but employment lags and investment remains weak. Emphasis is on short-term tensions and risks for the second half of the year.
Continental European press ignores the Argentine peso crisis and instead focuses on domestic strategies to counter inflation. Practical advice on 'stretching' salaries is offered, with no reference to Milei's policies or Argentine financial instability.
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