
Washington reconstruit son mur tarifaire sous le prétexte du travail forcé
Les nouveaux droits de douane américains, imposés à 60 pays au nom de la lutte contre le travail forcé, remplacent un dispositif invalidé par la Cour suprême et suscitent une levée de boucliers de Brasilia à Bruxelles.
L’administration Trump a mis en vigueur vendredi dernier des droits de douane de 10 % ou 12,5 % sur 99,4 % des importations américaines, visant une soixantaine d’économies. Officiellement justifiée par l’insuffisance des contrôles contre le travail forcé, cette mesure remplace les tarifs temporaires de la section 122 qui venaient d’expirer, eux-mêmes conçus comme un palliatif après l’invalidation, en février, des tarifs dits du « Jour de la libération » par la Cour suprême. Le taux effectif moyen pondéré des droits de douane américains, qui oscillait autour de 2,7 % début 2025, s’établit désormais aux alentours de 12,4 %, selon le Budget Lab de l’Université Yale, avec des écarts marqués : le Canada, par exemple, passerait à un taux effectif de 5,9 % selon la Banque Royale, mais le Québec et l’Ontario subiraient des niveaux bien plus élevés en raison de leur tissu manufacturier.
Le fondement juridique avancé – la section 301 du Trade Act de 1974 – permet au président d’imposer des sanctions en cas de pratiques commerciales « injustifiables ». Les capitales européennes, Brasilia comme Ottawa y voient un habillage. La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a rappelé que les normes sociales de l’Union sont parmi les plus protectrices, rendant l’argument peu crédible. Dans une tribune au Washington Post, le président brésilien Lula da Silva a qualifié ces tarifs d’« erreur stratégique », dénonçant un « geste anachronique et néocolonial » qui perturbera les chaînes d’approvisionnement et pénalisera le consommateur américain. Des recours ont déjà été déposés devant la Cour de commerce international, et les analystes juridiques soulignent que le caractère manifestement prétextuel de la justification pourrait fragiliser le dispositif, même si la section 301 a déjà résisté à l’épreuve des tribunaux par le passé.
Sur le plan économique, les nouvelles taxes ne produiront qu’une fraction des recettes espérées avec le régime invalidé. Le Committee for a Responsible Federal Budget estime que la décision de la Cour suprême privera le Trésor américain d’environ 1 700 milliards de dollars sur dix ans, les tarifs actuels ne devant en rapporter que 900 milliards. Surtout, l’impact sur la croissance reste incertain : le Budget Lab anticipe un très léger stimulus à court terme (+0,02 %) avant un effet négatif modeste à long terme (-0,14 %), tandis que le coût de la vie augmenterait de 0,7 point d’indice, amputant le revenu disponible des ménages américains de près de 1 000 dollars par an. Les provinces canadiennes manufacturières et les filières exportatrices brésiliennes de biens intermédiaires sont en première ligne.
Cette escalade tarifaire se double d’un choc énergétique qui en aggrave la portée. Les frappes américaines sur l’Iran et les attaques des houthistes contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge menacent simultanément les deux goulets du pétrole moyen-oriental, le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb. Le baril de Brent a franchi les 100 dollars, et des maisons d’analyse comme Goldman Sachs évoquent un possible dépassement des 120 dollars d’ici la fin de l’année. La conjonction de barrières douanières élargies et d’une énergie chère dessine un scénario stagflationniste qui pourrait contraindre la Réserve fédérale à durcir sa politique monétaire. La prochaine étape à surveiller est l’aboutissement de l’enquête « excès de capacité » ouverte en mars au titre de la même section 301, qui vise l’acier, l’aluminium, l’automobile et les semi-conducteurs, et pourrait relever encore le niveau des protections avant la fin de l’année.
| Presse européenne continentale | −0.60 | critical |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | −0.80 | critical |
| Presse atlantique / anglosphère | −0.50 | critical |
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