
Tournée de Rubio dans le Golfe : rassurer des alliés ébranlés par l’accord-cadre avec Téhéran
Le secrétaire d’État américain entame une visite aux Émirats, au Koweït et à Bahreïn pour expliquer le mémorandum d’entente avec l’Iran, alors que les monarchies du Golfe redoutent un rééquilibrage régional à leurs dépens.
Marco Rubio a atterri mardi à Abou Dhabi, première étape d’une tournée de trois jours dans le Golfe destinée à consolider le soutien des alliés arabes au mémorandum d’entente américano-iranien signé le 14 juin. Le chef de la diplomatie américaine a déclaré vouloir « écouter » les préoccupations économiques et sécuritaires de ses partenaires, tout en affirmant qu’aucun pays n’est autorisé à imposer des péages sur le détroit d’Ormuz, voie maritime internationale régie par le droit existant. Il doit ensuite se rendre au Koweït puis à Bahreïn, où il participera à une réunion du Conseil de coopération du Golfe (CCG).
Selon des responsables et analystes proches des capitales du Golfe, l’accueil public poli masque un profond scepticisme. Les six monarchies du CCG, qui abritent l’essentiel des bases militaires américaines au Moyen-Orient, ont subi des frappes de représailles iraniennes durant la guerre déclenchée en février par Washington et Israël contre Téhéran. D’après des sources régionales, les termes du mémorandum – notamment l’absence de toute mention des missiles balistiques iraniens, la perspective d’un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars et un rôle accru de l’Iran dans la supervision du détroit d’Ormuz – ont provoqué une « surprise » et une déception dans plusieurs chancelleries, qui redoutent un renforcement durable de la puissance iranienne.
Les inquiétudes se cristallisent autour de trois dossiers. D’abord, le programme balistique : contrairement aux objectifs affichés par l’administration Trump pendant le conflit, le texte ne prévoit aucune limitation, et le président américain a jugé « injuste » d’en priver Téhéran. Ensuite, le fonds de reconstruction, que Washington s’est engagé à développer « avec des partenaires régionaux », suscite la crainte que l’Iran utilise ces ressources pour moderniser son appareil militaire et renforcer les groupes alliés déstabilisant la région – un scénario particulièrement sensible pour Bahreïn, où la monarchie sunnite gouverne une population majoritairement chiite. Enfin, la redéfinition du statut d’Ormuz : Téhéran affirme que le détroit ne retrouvera pas sa configuration d’avant-guerre et qu’il sera cogéré avec Oman, une perspective qui alarme le Koweït, le Qatar et l’Arabie saoudite, dont les exportations d’hydrocarbures transitent quasi intégralement par ce passage.
Au-delà des clauses techniques, la tournée de Rubio engage la crédibilité de la garantie de sécurité américaine. D’après des chercheurs européens et américains, les États du Golfe, tout en réaffirmant leur partenariat avec Washington, diversifient leurs relations de défense car ils ne perçoivent plus les États-Unis comme un protecteur « fiable et prévisible ». La guerre a renforcé le sentiment que ces pays ont été laissés seuls face aux frappes iraniennes, et l’hypothèse d’une normalisation américano-iranienne, évoquée par le vice-président J. D. Vance, alimente la crainte d’un basculement stratégique. Un responsable émirati a d’ailleurs indiqué sous couvert d’anonymat qu’Abou Dhabi n’était « en aucune façon impliqué » dans le fonds de 300 milliards, signalant la distance que certaines capitales entendent marquer.
Le dossier reste très ouvert. La période de négociation de soixante jours prévue par le mémorandum ne fait que commencer, et les discussions techniques se poursuivent après le premier round de Suisse. La visite de Rubio se conclura jeudi à Bahreïn par une rencontre avec les ministres du CCG, tandis que le président iranien se rend au Pakistan, médiateur aux côtés du Qatar. La capacité de Washington à transformer ce cadre provisoire en un accord permanent accepté par ses alliés du Golfe déterminera la solidité du nouvel ordre de sécurité régional.
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Les États-Unis poussent un accord qui n'impose aucune limite aux missiles balistiques iraniens et prévoit un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars, récompensant de fait Téhéran. Les alliés du Golfe craignent que cela ne renforce l'Iran et ne bouleverse l'équilibre sécuritaire régional, les rendant plus vulnérables.
La tournée de Rubio vise à écouter les préoccupations du Golfe concernant les retombées économiques et sécuritaires de tout accord avec l'Iran. Les États du Golfe, en particulier le Koweït et les Émirats, s'inquiètent pour leurs exportations pétrolières et le détroit d'Ormuz, et veulent des garanties que leurs intérêts ne seront pas sacrifiés.
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