
À Pampelune, les cornes effleurent les visages et le mythe d’Hemingway enivre les foules
Un coureur américain sanctionné pour avoir filmé sa course, un autre grièvement blessé au visage : le cinquième encierro de la San Fermín a mêlé ferveur, inconscience et controverse.
Un taureau noir s’est détaché du troupeau dès les premiers mètres du parcours, fendant la masse compacte des coureurs dans les ruelles pavées de Pampelune. L’animal a percuté un groupe, et sa corne a frappé de plein fouet le côté du visage d’un participant. L’image, captée par les caméras de la télévision espagnole, a figé l’instant où la fête bascule : un corps projeté, un hurlement étouffé, et la course qui continue, indifférente. Ce samedi matin, le cinquième encierro des fêtes de la San Fermín a laissé un bilan de treize blessés, dont un homme souffrant d’une plaie pénétrante à la face, selon l’hôpital universitaire de Navarre.
L’incident n’a pas été le seul à marquer les esprits. Quelques minutes plus tôt, un jeune Américain déguisé en Joker, Lacey Mrzena, avait été identifié par la police municipale pour avoir enfreint le règlement : il courait un téléphone à la main, filmant sa propre progression, et a touché l’un des taureaux. Les images, diffusées par la RTVE, ont suscité l’indignation de l’expert Teo Lázaro, qui a déclaré à l’antenne : « Ce jeune ne devrait pas être dans l’encierro, et j’espère qu’il sera sanctionné. » La mairie de Pampelune prévoit des amendes pouvant atteindre 6 000 euros pour l’usage du mobile pendant la course. L’intéressé, intercepté à l’arrivée dans les arènes, a été évacué manu militari, confirmant une tendance : l’attrait mondial pour le frisson taurin se heurte de plus en plus à une quête de mise en scène personnelle, au mépris des règles locales.
Cette édition 2026 revêt une charge symbolique particulière, un siècle exactement après la parution du roman d’Ernest Hemingway, Le soleil se lève aussi, qui projeta la San Fermín sur la scène internationale. L’écrivain américain y dépeignait une génération perdue en quête d’intensité, entre alcool et courses de taureaux. Aujourd’hui, les étrangers – et en premier lieu les Américains, qui représentaient 16 % des coureurs en 2022 selon la mairie – perpétuent ce pèlerinage littéraire et existentiel. Bill Hillmann, un coureur de Chicago encorné à trois reprises, confiait à la presse anglo-saxonne avoir découvert sa vocation dans ces pages : « À la fin du livre, je savais que je serais écrivain et coureur de taureaux. » La boucle entre fiction et réalité semble ainsi se refermer chaque matin sur les pavés.
Pourtant, la dramaturgie de l’encierro n’est que le prologue d’un rituel plus controversé : la corrida de l’après-midi. Ce même samedi, les toros de l’élevage José Escolar, primés la veille pour la corrida la plus complète de l’année précédente, ont offert un spectacle d’une âpreté rare. La presse espagnole a décrit des bêtes « délabrées, montagnardes, préhistoriques », dénuées de bravoure mais dotées d’un « instinct carnassier ». Le torero mexicain Isaac Fonseca est parvenu à couper une oreille au sixième taureau, au terme d’une faena où il fut poursuivi avec une violence tenace. Son compatriote Juan de Castilla, renversé et piétiné, a quitté l’arène sous les ovations, une fracture au pied et un filet de sang à la tempe. La chronique taurine d’El Mundo a salué l’héroïsme des hommes face à des fauves « impossibles à toréer », tout en s’interrogeant sur la régression d’un élevage qui renvoie au XIXe siècle.
Alors que les projecteurs se braquent sur les blessures et les polémiques, la fête continue de dérouler son paradoxe. Les ruelles se vident après le passage des taureaux, laissant derrière elles des baskets abandonnées et des taches de sang sur les pavés. Dans les arènes, les gradins se remplissent pour la mise à mort. Et quelque part dans la foule, un autre coureur déguisé en super-héros attend peut-être le lendemain, smartphone en poche, prêt à capturer son face-à-face avec la mort.
| Presse atlantique / anglosphère | −0.20 | neutral |
|---|---|---|
| Presse latino-américaine | −0.80 | critical |
| Presse européenne continentale | −0.30 | critical |
La course de taureaux de San Fermín est un événement dangereux qui a causé des blessures.
En citant le nombre de blessés et en décrivant le chaos, le rapport présente l'événement comme un incident de sécurité qui parle de lui-même.
Le rapport omet toute référence à l'affaire de viol collectif de 2016 (La Manada) associée au festival.
Le festival de San Fermín est un lieu de violence sexuelle systémique, illustré par l'affaire La Manada.
En projetant l'affaire de viol de 2016 sur le festival actuel, le récit transforme la course de taureaux en symbole de violence patriarcale plutôt qu'en événement autonome.
Le rapport omet les détails de la course de taureaux (encornements, blessés, chaos de la foule) pour se concentrer exclusivement sur l'affaire d'agression sexuelle.
La course de taureaux de San Fermín était dangereusement chaotique à cause d'un taureau rebelle, et la corrida qui a suivi a été artistiquement décevante.
En fournissant des descriptions détaillées et internes du comportement du taureau et de la performance des matadors, le rapport établit son autorité et présente l'événement comme une question de critique technique et culturelle.
Le rapport omet toute référence à l'affaire d'agression sexuelle La Manada de 2016 et à la critique sociale plus large de la violence de genre.
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