
Quand le crédit s’étrangle : de l’Argentine au Bangladesh, les signaux d’un Sud sous tension
Hausse des impayés bancaires, budgets expansionnistes et politiques contradictoires révèlent les fragilités d’économies émergentes prises entre inflation et ambitions de développement.
En Argentine, la morosité des ménages sur les crédits à la consommation et les cartes de crédit s’est aggravée ces derniers mois, reflet d’un pouvoir d’achat laminé par l’inflation et de taux d’intérêt prohibitifs. Au Brésil, une enquête de la Confédération nationale de l’industrie (CNI) montre que 45 % des entreprises anticipent un alourdissement de leur endettement bancaire dans le trimestre à venir, contraintes de financer leurs dépenses courantes malgré le coût élevé du crédit. Ces deux signaux, venus d’Amérique latine, illustrent une même mécanique : la politique monétaire restrictive, destinée à juguler l’inflation, comprime la demande tout en rendant le recours à l’emprunt plus risqué pour les agents économiques.
Au Bangladesh, la présentation d’un budget record de 9 380 milliards de takas pour l’exercice 2026-2027 suscite des craintes analogues. Les milieux d’affaires, réunis sous l’égide de la Chambre des industries du Bangladesh, redoutent que l’État, pour financer ce déficit, n’absorbe une part excessive des liquidités bancaires, provoquant un effet d’éviction au détriment du secteur privé. Sans investissement productif, la croissance du PIB – fixée à 6,5 % – paraît hors d’atteinte, ce qui pourrait contraindre le gouvernement à alourdir la pression fiscale sur les contribuables existants, au risque d’étouffer davantage l’activité.
Pourtant, ce budget bangladais, le premier depuis la chute du régime autocratique, porte aussi les espoirs d’un renouveau démocratique. L’opposition et la société civile ont publié des « budgets fantômes » complets, pratique inspirée du modèle de Westminster qui témoigne d’une maturation du débat public. Mais cette avancée politique est minée par une incohérence sanitaire : alors que les dépenses de santé doublent et que la lutte contre les maladies non transmissibles devient priorité nationale, la fiscalité sur le tabac a été ajustée de manière à préserver les marges des industriels, au mépris des objectifs de santé publique. Les experts bangladais y voient une décision sciemment favorable au lobby du tabac, qui sape les fondements mêmes des ambitions affichées.
Ces tensions, du Cône Sud à l’Asie du Sud, ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans un contexte mondial où la normalisation monétaire, après des années de liquidités abondantes, expose les fragilités d’économies émergentes fortement endettées. En Afrique francophone, des dynamiques comparables se manifestent, avec des taux d’intérêt élevés qui freinent l’investissement privé et des budgets publics sous pression. La conjonction d’une demande de crédit en hausse pour la survie quotidienne et d’une offre de plus en plus sélective dessine un horizon préoccupant : sans politiques capables de concilier rigueur monétaire, relance productive et cohérence fiscale, le risque d’un étranglement du crédit pourrait transformer les ambitions de développement en crises sociales.
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Les régulateurs obligent les fonds de crédit privé à actualiser les valorisations d'actifs d'ici fin juin, avertissant que les chiffres actuels sont en retard sur la réalité économique. Le secteur entre dans sa première période de stress significatif, avec une hausse des défauts et des arriérés. Le gendarme des sociétés a mis l'industrie en garde, exigeant des hypothèses réalistes.
Les banques et les analystes s'alarment de la hausse des impayés sur les prêts personnels et les cartes de crédit, reflétant la difficulté des ménages à suivre les dépenses avec des revenus stagnants. Au Brésil, près de la moitié des entreprises industrielles prévoient d'augmenter leur endettement bancaire prochainement, malgré le crédit cher, pour financer le fonds de roulement. L'étau de la dette coûteuse se resserre sur les familles comme sur les entreprises.
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