
Polémique au Mondial : le sélectionneur ivoirien dénonce des propos « racistes » de Schweinsteiger
Après la qualification historique de la Côte d’Ivoire, Emerse Fae a qualifié de potentiellement racistes les commentaires de l’ex-international allemand sur le « football africain », relançant le débat sur les stéréotypes.
La qualification inédite de la Côte d’Ivoire pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, acquise jeudi 25 juin à Philadelphie grâce à une victoire 2-0 face à Curaçao, a été immédiatement éclipsée par une controverse aux accents postcoloniaux. En conférence de presse, le sélectionneur Emerse Fae a réagi avec une franchise inhabituelle aux propos tenus une semaine plus tôt par l’ancien milieu de terrain allemand Bastian Schweinsteiger, devenu consultant pour la chaîne ARD. Ce dernier avait décrit le jeu ivoirien comme « un football un peu africain, un peu peu orthodoxe, un peu sauvage, et peut-être aussi pas tellement conditionné par la tactique », ajoutant qu’il fallait s’attendre à « de l’imprévisible ».
La réponse de Fae, lui-même ancien international ivoirien, a mêlé déception personnelle et dénonciation politique. « Quand on connaît le football comme lui, c’est étrange de parler ainsi. Si on veut appeler un chat un chat, on pourrait qualifier cela de raciste », a-t-il déclaré, tout en concédant espérer qu’il ne s’agisse que d’une « déclaration maladroite ». Le technicien a aussi suggéré que l’ex-star du Bayern Munich, « un peu oubliée », cherchait peut-être à « faire le buzz » dans sa nouvelle carrière médiatique. Cette ambivalence – entre accusation frontale et porte de sortie laissée à l’intéressé – reflète la complexité d’un débat où les sensibilités historiques s’entrechoquent avec les codes du commentaire sportif contemporain.
Dans l’espace médiatique allemand, la polémique avait déjà enflé avant même la réaction ivoirienne. Plusieurs journalistes et commentateurs, dont Patrick Schnitzler et Philipp Awounou dans Der Spiegel, ont critiqué des clichés qu’ils jugent hérités de l’imaginaire colonial, associant les équipes africaines à un supposé désordre tactique et à une physicalité brute. L’ancien entraîneur de Liverpool Jürgen Klopp, interrogé à New York, a refusé de s’engager, estimant ne pas savoir « ce qu’il est approprié de dire » sur un sujet aussi grave. Du côté des médias africains, la condamnation a été unanime, mais souvent teintée d’une lassitude face à la persistance de ces stéréotypes, que Fae a résumée en une formule : « Tout ce que je peux faire, c’est montrer sur le terrain que les équipes africaines ne sont pas seulement physiques, nous sommes techniques et tactiques. »
Au-delà du cas individuel, l’affaire met en lumière la permanence d’un regard essentialiste sur le football du continent, régulièrement réduit à des qualités « naturelles » plutôt qu’à un travail tactique. La presse latino-américaine, de CNN Brasil à Excelsior au Mexique, a largement relayé l’indignation ivoirienne, y voyant un énième épisode de la difficulté des anciennes puissances coloniales à appréhender le sport africain hors des cadres exotisants. Les médias asiatiques, comme Viva.co.id en Indonésie ou Astro Awani en Malaisie, ont mis l’accent sur la réponse de Fae et sur la portée symbolique de la qualification ivoirienne, présentée comme un démenti cinglant aux préjugés.
Sur le plan sportif, la Côte d’Ivoire, deuxième du groupe E derrière l’Allemagne, affrontera la France ou la Norvège le 30 juin à Arlington, Texas. Ce rendez-vous offrira aux Éléphants l’occasion de poursuivre, balle au pied, une démonstration entamée dès la phase de groupes : celle d’un football africain dont la maturité tactique n’a plus à être prouvée, mais que certains commentaires continuent de nier.
Comment la même histoire est racontée ailleurs.
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La presse africaine présente l'accusation de l'entraîneur ivoirien comme un acte de courage contre le racisme profondément enraciné dans le football. Les paroles de Schweinsteiger sont interprétées comme un vestige colonial. La qualification historique est célébrée, mais la priorité est de dénoncer les préjugés raciaux.
La presse du Golfe rapporte l'accusation comme un incident mineur dans le contexte de la Coupe du Monde, se concentrant sur les résultats et la qualification historique. Le ton est détaché, traitant la question raciale comme l'une des nombreuses déclarations d'après-match.
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