
Washington enrobe sa guerre tarifaire d’un discours sur le travail forcé
Les États-Unis imposent de nouveaux droits de douane à soixante partenaires commerciaux, invoquant une lutte contre le travail forcé que de nombreux pays jugent prétexte à un protectionnisme déguisé.
À 0 h 01 ce vendredi 24 juillet, les droits de douane temporaires de 10 % instaurés en février par l’administration Trump ont cédé la place à un nouveau dispositif : des tarifs de 10 % ou 12,5 % appliqués aux importations en provenance de soixante économies, soit 99,4 % des achats américains. La justification avancée — l’insuffisance des mesures pour interdire les biens issus du travail forcé — a été immédiatement contestée par une large partie des pays visés, qui y voient un habillage juridique destiné à pérenniser la muraille douanière érigée depuis 2025.
La séquence juridique éclaire la manœuvre. Après l’invalidation par la Cour suprême, en février, des tarifs « réciproques » fondés sur la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence, la Maison-Blanche avait activé la section 122 du Trade Act de 1974 pour appliquer un prélèvement global temporaire de 150 jours. Celui-ci arrivant à échéance, le représentant au commerce Jamieson Greer a recouru à la section 301, qui permet des droits de douane plus pérennes après enquête. Le rapport final accuse les pays de ne pas empêcher efficacement l’entrée de produits du travail forcé, un chef que l’Union européenne, le Japon, la Norvège, l’Australie ou la Nouvelle‑Zélande qualifient d’infondé, rappelant leurs propres législations protectrices.
Les taux varient selon les engagements affichés : 10 % pour les États ayant adopté ou promis une interdiction d’importer, 12,5 % pour les autres. L’Union européenne, le Canada, le Mexique, le Royaume‑Uni ou l’Inde figurent dans le premier groupe ; la Chine, le Brésil, la Russie, le Viêt Nam, le Nigeria et une trentaine d’autres subissent le taux plein. De nombreuses marchandises sont exemptées — pétrole, gaz, engrais, certains produits agricoles —, et les biens déjà frappés par les droits de sécurité nationale (acier, aluminium, automobiles) ne sont pas concernés. En Amérique latine, le Brésil, qui cumule ce nouveau tarif avec une surtaxe de 25 % annoncée la semaine précédente, parle d’une charge totale atteignant 37,5 % sur plusieurs milliers de produits ; Brasilia a annoncé saisir l’Organisation mondiale du commerce et activer sa loi de réciprocité. L’Argentine et le Mexique, en revanche, conservent le taux de 10 %, ce dernier bénéficiant du maintien des exemptions pour les échanges conformes à l’accord de libre‑échange régional.
À Bruxelles, la Commission européenne a pris acte que les nouveaux droits restent dans les limites du plafond de 15 % négocié en 2025, tout en réclamant de nouvelles exemptions. La haute représentante Kaja Kallas a néanmoins estimé que l’argumentaire américain « n’est pas vraiment fondé », comparant les législations sociales. En Asie, Pékin dénonce des « mesures unilatérales », tandis que Tokyo juge la décision « regrettable » et que New Delhi, après avoir adopté une loi contre le travail forcé, a vu son taux abaissé de 12,5 % à 10 %. Des petites entreprises américaines ont déjà saisi le tribunal du commerce international de New York, contestant la légalité du recours à la section 301 pour reproduire un régime que la Cour suprême avait censuré. La prochaine étape sera l’issue de l’enquête complémentaire sur les surcapacités industrielles de seize pays, qui pourrait déboucher sur de nouvelles taxes d’ici la fin de l’année.
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