
La guerre au Moyen-Orient propulse le baril au-dessus de 100 dollars, un choc pour l’économie mondiale
L’attaque de pétroliers saoudiens en mer Rouge par les houthistes yéménites a ravivé les tensions sur l’offre pétrolière, faisant bondir les cours du brut et menaçant la dynamique de désinflation.
Le baril de Brent a brièvement franchi le seuil des 100 dollars jeudi 24 juillet – une première depuis mai – avant de se replier de près de 4 % vendredi, autour de 97 dollars. Sur l’ensemble de la semaine, la hausse atteint tout de même près de 10 %, alimentée par la multiplication des foyers d’insécurité au Moyen-Orient. Aux attaques américaines quotidiennes sur l’Iran s’ajoutent désormais des frappes des rebelles houthistes contre des tankers saoudiens dans le détroit de Bab el-Mandeb, verrou méridional de la mer Rouge. Ce regain de tension géopolitique replace le risque de rupture d’approvisionnement au cœur des préoccupations des marchés, alors même que le trafic dans le détroit d’Ormuz reste très réduit.
Les conséquences de cette flambée se lisent dans les prévisions économiques régionales. La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) estime que les pays exportateurs nets d’hydrocarbures – Colombie, Brésil, Guyana – verraient leurs termes de l’échange s’améliorer, quand les nations d’Amérique centrale et des Caraïbes importatrices subiraient une perte allant jusqu’à 2,4 points de PIB. En Europe comme aux États-Unis, la hausse des prix des carburants ravive les craintes inflationnistes. Aux États-Unis, le gallon d’essence atteint déjà 4,10 dollars, et les analystes anticipent une poursuite de la hausse. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a prévenu que la persistance d’un choc énergétique « augmente fortement le risque d’une inflation plus large », tandis que la Réserve fédérale voit ses marges de manœuvre se réduire : les marchés évaluent désormais à 30 % la probabilité d’une hausse des taux dès la semaine prochaine, et à 90 % celle d’au moins un resserrement d’ici la fin de l’année.
Ce contexte heurte de plein fouet la dynamique de désinflation espérée. Les chaînes d’approvisionnement, déjà fragilisées par les conflits en Ukraine – où les attaques contre les terminaux pétroliers du Kazakhstan freinent les exportations –, subissent une pression supplémentaire. Les réserves stratégiques, notamment américaines, s’amenuisent. La Chine et le Pakistan tentent une médiation entre Washington et Téhéran, mais les déclarations belliqueuses du président Trump, qui menace d’une « attaque massive », laissent peu d’espoir d’une désescalade rapide. Les Bourses asiatiques ont plongé vendredi, Tokyo cédant 2,7 % et Hong Kong 1 %, tandis que les places européennes profitaient de la moindre pondération des valeurs technologiques pour limiter leurs pertes.
À court terme, les regards se tourneront vers la réunion de la Fed et les décisions des autorités monétaires. La volatilité restera dictée par l’évolution des flux pétroliers au Bab el-Mandeb et à Ormuz. Sans apaisement militaire tangible, le choc énergétique continuera de faire planer une ombre stagflationniste sur l’économie mondiale, frappant inégalement les régions selon leur dépendance aux importations d’hydrocarbures.
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