
L’UE se déchire sur le canal diplomatique avec Moscou ouvert par António Costa
Le président du Conseil européen a confirmé des contacts exploratoires avec le Kremlin, provoquant une fracture entre États membres sur la stratégie à adopter face à la Russie.
La révélation, confirmée le 19 juin par le président du Conseil européen António Costa, de contacts diplomatiques discrets établis par son cabinet avec le Kremlin a dominé le sommet des Vingt-Sept à Bruxelles. Selon des sources européennes, le chef de cabinet de M. Costa, Pedro Lourtie, a conduit deux échanges téléphoniques avec un haut responsable russe proche de Vladimir Poutine, présentés comme une simple préparation à d’éventuelles négociations futures. M. Costa a défendu cette initiative en affirmant que l’Union ne peut « dépendre uniquement des autres pour interpréter les messages russes » et doit disposer d’un canal direct pour transmettre ses propres positions, tout en précisant que l’UE n’entend pas jouer un rôle de médiateur et reste « du côté de l’Ukraine ».
L’initiative a immédiatement exposé les lignes de fracture au sein de l’Union. D’après des diplomates cités par plusieurs médias, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont vivement critiqué la méthode, jugée « non coordonnée » et « peu professionnelle » par des sources gouvernementales allemandes. Paris, Berlin et Londres, réunis dans le format dit E3, estiment que toute négociation devra être menée par ce groupe, constitué à la demande expresse de Kiev, et élargi à la Pologne et à l’Italie. À l’inverse, les chefs de gouvernement espagnol, irlandais et autrichien ont apporté leur soutien à M. Costa, jugeant « nécessaire » l’ouverture d’un canal de communication, tandis que les capitales baltes et nordiques ont exprimé leur scepticisme, le premier ministre letton estimant que « les canaux diplomatiques avec la Russie n’ont pas d’importance si la Russie ne veut pas faire de diplomatie ».
Cette controverse révèle une compétition institutionnelle et politique autour de la représentation européenne dans un futur processus de paix, alors que les efforts de médiation menés par Washington marquent le pas. Selon des analystes à Bruxelles, la crainte d’être tenus à l’écart de discussions imposées par un éventuel tête-à-tête russo-américain pousse les Européens à revendiquer une place à la table des négociations, mais sans consensus sur le mandat ni sur le porte-parole légitime. M. Costa s’appuie sur les traités pour se poser en « représentant naturel » des intérêts de l’UE, tandis que le chancelier Merz met en avant l’engagement militaire et financier des grands États membres pour justifier la primauté du format E3.
Du côté de Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que la Russie est ouverte au dialogue avec les forces européennes qui comprendraient la nécessité de reprendre contact sans « leçons de morale ni ultimatums », tout en dénonçant comme « la plus grande erreur » l’approche européenne consistant à négocier en position de force. La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a ironisé sur l’utilité d’un canal supplémentaire alors que les ambassades européennes sont toujours présentes à Moscou. Aucun signe crédible d’une volonté russe de négocier sérieusement n’a été perçu, a rappelé M. Costa, et la question de la représentation européenne reste en suspens : selon les conclusions du sommet, aucune décision n’a été prise, et le débat devra se poursuivre lors des prochaines réunions de coordination, notamment au format E5 prévu à Berlin.
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Le Kremlin se dit ouvert au dialogue avec l'Europe, mais rejette tout ultimatum et critique l'approche européenne qui consiste à négocier en position de force, la qualifiant de grave erreur née de l'incompétence ou de la désinformation. Le bon sens exige des contacts pour traiter les nombreuses questions complexes, mais Moscou n'acceptera pas de leçons de morale.
L'initiative du président du Conseil européen Costa d'ouvrir un canal diplomatique avec Moscou a provoqué de vives tensions avec des dirigeants comme Macron et Merz, opposés à une démarche qui anticipe le consensus de l'UE. La lutte pour un rôle dans les futures négociations sur l'Ukraine a enflammé le sommet, tandis que Costa revendique l'autonomie de l'Europe pour interpréter les messages russes.
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