
Liban : l’ONU saisie contre Israël pour épandage d’herbicide et attaques meurtrières
Beyrouth dénonce le recours au glyphosate sur ses villages frontaliers avant la guerre de mars 2026, et la mort de trois militaires lors d’une frappe en juin, dans un contexte de fragilisation du cessez-le-feu.
Dès le 10 juin 2026, le Liban a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies d’une plainte formelle visant Israël, accusé d’avoir répandu par voie aérienne un herbicide à base de glyphosate sur plusieurs localités du sud du pays. L’incident remonte au 1er février de la même année, soit un mois avant l’embrasement généralisé entre l’État hébreu et le Hezbollah, déclenché le 2 mars. Selon les autorités libanaises, relayées par l’ensemble de la presse arabophone et notamment par les quotidiens An-Nahar et Al-Jadeed, l’épandage a visé les villages d’Aïta el-Chaab, Ras el-Naqoura et Dhayra, situés à proximité immédiate de la Ligne bleue. Cette démarche diplomatique, annoncée publiquement le dimanche 14 juin, s’appuie sur un rapport du Conseil national de la recherche scientifique libanais.\n\nLes analyses de sol effectuées dans les zones suspectées ont révélé des concentrations de glyphosate atteignant jusqu’à 22,75 microgrammes par gramme de terre – un niveau sans commune mesure avec les résidus normalement constatés après usage agricole, qui oscillent entre 0,5 et 2 microgrammes par gramme au maximum. Pour le Liban, cet épandage délibéré constitue une violation de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, ratifiée par Israël, qui proscrit expressément le recours aux herbicides comme moyen de guerre. Les médias francophones proches du Hezbollah, comme Al-Manar, rappellent que ce n’est pas la première fois que l’armée israélienne est soupçonnée de mener ce type d’opération le long de la frontière, dans le but présumé de dégager des zones de tirs ou de détruire des cultures.\n\nLa plainte libanaise ne s’arrête pas à l’arme chimique. Un second courrier, daté du 11 juin, a été adressé à l’ONU pour dénoncer une attaque survenue le 6 juin contre un véhicule militaire libanais circulant sur l’axe Kfartebnit-Khardali. La frappe, attribuée à l’armée israélienne, a coûté la vie à un général de brigade, un capitaine et un soldat, « dans l’exercice de leurs fonctions », précise le ministère des Affaires étrangères cité par Hespress. Ce drame sape les efforts diplomatiques en cours, au moment où un fragile cessez-le-feu tente de s’installer après les combats de mars qui ont fait plusieurs centaines de morts de part et d’autre.\n\nLes observateurs internationaux soulignent le paradoxe d’un Liban institutionnellement fragile, qui mise sur le multilatéralisme onusien pour contrebalancer un rapport de force militaire défavorable. La France, historiquement attentive au Liban, pourrait peser au sein du Conseil de sécurité, aux côtés d’autres membres européens, pour demander une enquête indépendante. De leur côté, des analystes maghrébins et africains francophones, comme ceux d’Echorouk, rappellent que l’usage d’armes chimiques dans des conflits asymétriques est un signal inquiétant pour l’ensemble du Sud global, au-delà du seul Proche-Orient. Reste à savoir si la plainte déposée aboutira à une condamnation ou à une simple déclaration de préoccupation – le veto américain protégeant souvent Israël des résolutions contraignantes. Pour l’heure, le Liban en appelle à la communauté internationale afin que le droit soit dit et que la frontière ne redevienne pas une zone de non-droit.
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