
Le « Nouvel Ouzbékistan » entre en scène : football, soft power et rêve mondial
Sous la direction de Fabio Cannavaro, l’Ouzbékistan, seule ex-république soviétique qualifiée, fait ses débuts contre la Colombie, mêlant ambitions sportives et vitrine géopolitique.
Pour la première fois de son histoire, l’Ouzbékistan foulera la pelouse d’une Coupe du monde, ce jeudi 18 juin au stade Azteca de Mexico, face à une Colombie rompue aux joutes planétaires. Sur le banc, un visage familier des téléspectateurs européens : Fabio Cannavaro, capitaine légendaire de l’Italie sacrée en 2006, devenu sélectionneur d’une équipe que la presse italienne décrit comme un symbole autant qu’une énigme. Les « Loups blancs » — surnom national — s’appuient sur une colonne vertébrale en partie façonnée par les championnats du Vieux Continent, à l’image du capitaine Eldor Shomurodov, attaquant passé par la Serie A, et du jeune défenseur Abdukodir Khusanov, révélé en Ligue 1 française. Pourtant, l’encadrement et les supporters abordent ce rendez-vous sans pression excessive, le considérant comme un aboutissement et un apprentissage, loin des attentes de résultat qui pèsent sur les nations établies.
Derrière cette épopée sportive se dessine un projet géopolitique de grande envergure. Le président Shavkat Mirziyoyev a fait du « Nouvel Ouzbékistan » une marque de sa présidence, mêlant réformes économiques, ouverture internationale et investissements massifs dans les infrastructures — stades ultramodernes, académies de formation — pour transformer ce pays d’Asie centrale de 38 millions d’habitants en puissance régionale. La Coupe du monde devient ainsi une vitrine de soft power, un moyen de redorer l’image d’un régime que les médias italiens n’hésitent pas à associer à une ombre persistante de répression politique. Le football, outil de prestige, sert ici un récit de modernisation dont la sincérité divise les observateurs.
Vu depuis l’Amérique latine, ce premier match suscite une curiosité teintée de prudence. Les journaux colombiens soulignent le danger représenté par Luis Díaz et James Rodríguez, deux individualités capables de renverser une rencontre, mais rappellent aussi que l’Ouzbékistan demeure un adversaire méconnu, auréolé du statut de héros national sans le fardeau de l’obligation de victoire. Cette sérénité paradoxale contraste avec l’expérience d’une sélection colombienne qui, après avoir manqué l’édition 2022, entend renouer avec les phases finales sous la houlette de Nestor Lorenzo.
À l’échelle internationale, la présence ouzbèke revêt une dimension symbolique forte. Seule ancienne république soviétique qualifiée — la Russie étant suspendue —, l’équipe porte l’héritage d’un espace postsoviétique en recomposition. Sa campagne asiatique, marquée par dix victoires et une seule défaite en éliminatoires, l’a hissée au 50e rang mondial de la FIFA, confirmant l’émergence d’une génération qui commence à essaimer dans les clubs européens. La presse lusophone y voit le signe d’un basculement progressif du centre de gravité footballistique vers de nouvelles frontières.
Ce Mondial à 48 équipes offre à l’Ouzbékistan une scène inédite pour tester la solidité de son projet. Au-delà du résultat face à la Colombie, c’est la capacité du pays à conjuguer ambition politique et développement sportif durable qui sera scrutée. Cannavaro, dont la carrière d’entraîneur a longtemps été sous-estimée en Occident mais respectée en Asie, incarne ce pont entre deux mondes. L’enjeu dépasse le simple cadre du groupe K : il s’agit de savoir si le « Nouvel Ouzbékistan » peut transformer un rêve de qualification en une présence crédible sur l’échiquier du football mondial.
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Les débuts de l'Ouzbékistan en Coupe du monde servent de vitrine au régime, qui a investi des milliards dans des stades et des académies pour projeter une image de modernité. Derrière le conte de fées footballistique se profile l'ombre de la répression politique et de l'absence de libertés. L'embauche de Cannavaro n'est qu'un élément de plus dans une stratégie de soft power en quête de légitimité internationale.
Fabio Cannavaro, l'inoubliable capitaine de l'Italie championne du monde 2006, revient sur la scène mondiale, cette fois comme sélectionneur de l'Ouzbékistan. C'est un début personnel sur le banc qui ajoute une touche italienne à un tournoi déjà transgressif. L'attention se porte sur son parcours et le souvenir nostalgique de Berlin, plus que sur l'équipe qu'il dirige.
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