
« La vérité sort de la bouche des enfants » : une mobilisation historique contre les violences sexuelles en France
Portée par l’émotion après le meurtre de Lyhanna, 11 ans, une coalition de 180 associations exige une loi intégrale face à un système judiciaire sous-doté.
Dans le cortège parisien, une lycéenne de 17 ans témoigne, le visage fermé : « L’officier m’a dit que ce n’était pas un viol, que cela pouvait ruiner la vie de cet homme, il m’a fait culpabiliser et a remis en cause tout ce que je disais. » Eline a déposé plainte cette année. Autour d’elle, ce samedi 4 juillet, la foule scande « La vérité sort de la bouche des enfants ! » et « 160 000 enfants, que faites-vous ? », sur des musiques d’Angèle et de Clara Luciani. De Bastille à Nation, sous un soleil de plomb, des familles entières, des poussettes et des banderoles convergent : selon les organisateurs, 100 000 personnes à Paris, et des dizaines de milliers dans quelque 110 villes, d’Agen à Dijon, de Rennes à Toulouse. Une mobilisation que les associations qualifient d’« historique » contre les violences sexuelles.
La déferlante a pour déclencheur un drame intime et collectif : le viol et le meurtre de Lyhanna, collégienne de 11 ans, à Fleurance, dans le Gers. Son corps a été découvert en juin, après sa disparition fin mai. Le suspect, père d’une camarade d’école, avait déjà été mis en examen pour viol sur enfant à deux reprises, mais les investigations avaient été classées sans suite ou interrompues. L’aveu d’un « échec retentissant » du garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui refuse de démissionner, n’éteint pas l’incendie. Dans tout le pays, la même sidération : comment, malgré les signalements, le pire a-t-il pu advenir ?
La réponse des manifestants est aussi un réquisitoire contre un système judiciaire exsangue, dont un rapport gouvernemental de 2022 pointait déjà le manque criant de personnels et de temps pour enquêter. Avec 94 % des plaintes pour viol classées sans suite, et dans 70 % des cas aucune recherche de preuves matérielles après l’audition du suspect, les chiffres dessinent une impunité de fait. À Paris, la présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, dénonce une justice « sous-dotée qui protège les agresseurs plutôt que les victimes ». La coalition – féministe et de défense de l’enfance – refuse les « mesures parcellaires dictées par l’urgence des affaires successives ». Elle réclame une loi-cadre intégrale, sur le modèle espagnol, pour agir « à 360 degrés » : de la prévention à l’accompagnement, en passant par la formation des forces de l’ordre. Une proposition de loi portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez, signée par une centaine de parlementaires, est sur la table, tandis que le gouvernement promet un texte pour l’automne.
Mais au-delà de l’agenda législatif, quelque chose s’est noué dans la rue. Depuis la mort de Lyhanna, chaque lundi soir, devant les palais de justice en région et à Paris, place Vendôme, la même ferveur rassemble. La pétition en ligne a recueilli 340 000 signatures. Des mères, des pères, des grands-parents marchent avec leurs enfants. « Nous sommes touchés personnellement », glisse un manifestant anonyme. L’écrivaine Virginie Grimaldi, présente dans le cortège, résume le basculement : « Le gouvernement a fait passer les failles de l’enquête pour des dysfonctionnements, alors que c’est comme ça que la justice fonctionne en France. » Dans cette jonction inédite entre féminisme et protection de l’enfance, les visages les plus jeunes disent la charge d’une génération qui ne veut plus se taire. Le dernier mot reste aux slogans, scandés par des voix enfantines : « Pour Lyhanna, on n’oublie pas ! »
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| Presse latino-américaine | +0.20 | neutral |
La société civile française se mobilise pour une loi protégeant les femmes contre la violence sexuelle, exigeant justice pour Lianna.
La victime est personnifiée pour créer de l'empathie et légitimer la demande de réforme.
Les femmes et les mouvements sociaux en France élèvent la voix contre la violence sexuelle, inspirant une solidarité mondiale.
Un parallèle est établi avec les luttes locales pour rendre la protestation universelle.
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