
La Russie quadruple ses importations de kérosène biélorusse face à la crise du raffinage
Les frappes de drones sur les raffineries russes, notamment celle de Moscou, contraignent le pays à recourir au Belarus pour équilibrer son marché intérieur de carburants.
En mai, la Russie a importé de Biélorussie 5 170 tonnes de kérosène aviation, soit près de quatre fois le volume de mai 2025, selon le Centre des indices de prix (CCPI). Sur les dix premiers jours de juin, 2 600 tonnes supplémentaires ont été livrées. Cette hausse nette intervient alors que les frappes de drones ukrainiens ont mis hors service des unités clés de raffinage, en particulier la raffinerie de Moscou (Kapotnia). Des sources industrielles citées par Reuters estiment que ce site, qui fournissait environ 1,4 million de tonnes de carburéacteur par an, ne redémarrera pas avant la fin 2026. Selon des consultants, l’interruption de cet approvisionnement, intégré à la logistique du hub aérien moscovite, crée un goulet d’étranglement que les autres raffineries peinent à compenser sans allonger les distances de transport et alourdir les coûts.
Au-delà du kérosène, le marché des carburants est également sous pression. Depuis début juin, des restrictions à la vente d’essence et de diesel ont été signalées dans au moins 53 régions, selon des décomptes de médias économiques. Les données de requêtes Yandex montrent un intérêt pour le mot « essence » multiplié par dix à vingt dans les districts fédéraux du Centre, de la Volga et du Sud par rapport à l’an dernier, notamment en Crimée annexée. En Sibérie, la hausse est plus modérée. Le gouvernement a réagi en instaurant, le 1er juin, une interdiction temporaire d’exporter du kérosène, et en autorisant certaines raffineries à produire du carburant aux spécifications Euro-3 sous l’étiquette Euro-5. En Crimée, la vente d’essence aux particuliers a été suspendue, réservée aux services publics, tandis que des plateformes comme Avito ont banni les annonces de revente.
Dans le transport aérien, la compagnie Azimuth a alerté sur une situation « critique » rendant les vols économiquement non viables, son principal fournisseur ayant exigé une réduction d’un tiers des volumes. Pourtant, le vice-premier ministre Vitali Saveliev a déclaré ne voir « aucun problème » et affirmé que les compagnies opéraient normalement. Cette dissonance illustre la difficulté à évaluer l’ampleur réelle de la crise, les autorités russes ayant restreint la publication des statistiques sectorielles. Des analystes russes, comme Igor Iouchkov de l’Université financière, voient dans le recours au Belarus une mesure temporaire facilitée par l’absence de droits de douane au sein de l’Union économique eurasiatique. Ils estiment que la pression pourrait se relâcher après la haute saison estivale, vers octobre, à condition que la sécurité des sites de raffinage soit rétablie.
L’incertitude demeure néanmoins élevée. La raffinerie de Moscou étant indisponible jusqu’à fin 2026, la Russie pourrait être contrainte d’importer du kérosène depuis des pays tiers si la production intérieure ne redémarre pas suffisamment. Le prochain jalon à surveiller sera l’évolution des volumes importés en juillet, alors que la demande de transport aérien reste forte, et la capacité des autorités à sécuriser les infrastructures pétrolières face à des frappes qui continuent de viser les dépôts et les raffineries.
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En Russie, le carburant est rationné à l'échelle nationale, avec des files d'attente de plusieurs kilomètres aux stations-service. De nombreuses régions connaissent des pénuries d'essence et de diesel, provoquant des scènes chaotiques. La crise s'étend de la Crimée à la Sibérie, obligeant la Russie à quadrupler ses importations de kérosène d'aviation en provenance de Biélorussie.
Des responsables russes affirment que la pénurie de carburant est artificielle et que l'essence est disponible en quantité suffisante. Ils accusent les spéculateurs de vouloir profiter de la situation, tout en notant qu'une seule raffinerie a été touchée. Parallèlement, ils soulignent que l'armée russe cause des problèmes de carburant à l'Ukraine, détournant ainsi le récit.
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