
L’UE débloque un premier versement du prêt géant à l’Ukraine, entre conditions strictes et fractures diplomatiques
Bruxelles a transféré 3,2 milliards d’euros à Kiev, amorce d’un crédit de 90 milliards conditionné à des réformes et à des restrictions sur l’achat d’armement non européen.
La Commission européenne a procédé jeudi 25 juin au versement de 3,2 milliards d’euros à l’Ukraine, première tranche d’un prêt macrofinancier de 90 milliards d’euros approuvé pour la période 2026-2027. Ce décaissement, annoncé lors de la Conférence pour la reconstruction de l’Ukraine à Gdańsk, s’accompagne de l’engagement de Bruxelles de commencer « dans les prochains jours » les paiements au titre d’une enveloppe de 6 milliards d’euros dédiée à la production de drones. L’enveloppe globale, qui comprend 30 milliards d’aide budgétaire et 60 milliards pour les dépenses militaires, vise à colmater les déficits de l’État ukrainien tout en renforçant ses capacités de défense, alors que le coût total de la reconstruction est estimé par la Banque mondiale à près de 588 milliards de dollars sur une décennie.
L’octroi de ces fonds est toutefois assorti de conditions qui reflètent les priorités industrielles et politiques des Vingt-Sept. La Commission a ainsi rappelé que les sommes allouées aux achats d’armement ne pourront être utilisées pour acquérir du matériel américain que si les entreprises européennes ne sont pas en mesure de fournir des équipements équivalents, et après autorisation expresse de Bruxelles. Cette clause, défendue par les capitales soucieuses de voir les crédits bénéficier à l’industrie de défense du continent, suscite des interrogations à Kiev, où l’on souligne la nécessité de conserver une liberté d’approvisionnement. Parallèlement, le déboursement des tranches budgétaires est lié à la mise en œuvre de réformes structurelles : amélioration du recouvrement fiscal, lutte contre la corruption et préparation d’une libéralisation progressive des tarifs énergétiques, exigences également portées par le Fonds monétaire international, qui a de son côté conclu un accord préliminaire pour un nouveau versement d’environ 700 millions de dollars.
La conférence de Gdańsk, coorganisée par la Pologne et l’Ukraine, a mis en lumière les fractures qui traversent le front des soutiens à Kiev. L’absence remarquée du président Volodymyr Zelensky, qui a renoncé à se déplacer après une vive controverse avec Varsovie autour de la commémoration de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), a contraint les responsables polonais à un exercice d’équilibre. Le premier ministre Donald Tusk a plaidé pour une « volonté de réconciliation » tout en réaffirmant que le soutien à l’Ukraine ne saurait être remis en cause. Du côté de Budapest, le blocage du prêt jusqu’à la défaite électorale de Viktor Orbán a rappelé la persistance de lignes de fracture au sein même de l’Union.
Au-delà des annonces de Bruxelles, d’autres soutiens bilatéraux se concrétisent. La Suède a ainsi décidé d’un paquet de 1,49 milliard de couronnes (environ 130 millions d’euros) destiné à la réparation et à la protection des infrastructures énergétiques ukrainiennes, ciblant en priorité les hôpitaux, les transports et l’industrie. Cette aide, qui doit être déployée avant l’automne, répond à l’intensification des frappes russes contre le réseau électrique. La conférence de Gdańsk a par ailleurs donné lieu à la signature de plus de 160 accords pour un montant supérieur à 10 milliards d’euros, signe d’une volonté de mobiliser les investisseurs privés aux côtés des fonds publics.
Le prochain jalon sera le versement d’un deuxième tranche de l’aide macrofinancière, attendu en septembre pour un montant d’environ 3,7 milliards d’euros, sous réserve que Kiev satisfasse aux conditions de réforme. Le calendrier des paiements pour la production de drones dépendra, lui, de la finalisation des contrats et du respect des procédures administratives exigées par la Commission. L’attention se portera également sur la décision finale du conseil d’administration du FMI concernant le décaissement de son propre programme, qui conditionne en partie la confiance des autres bailleurs.
| Presse russe et CEI | −0.60 | critical |
|---|---|---|
| Presse chinoise | 0.00 | neutral |
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